Arrivé au pouvoir en 2016 avec la promesse de rationaliser les dépenses de l’État, le président de la République du Bénin, Patrice Talon, aura profondément marqué la gouvernance nationale par une vague de réformes administratives et économiques. Derrière la modernisation de l’appareil étatique, un autre visage du régime du Nouveau départ est mal perçu dans l’opinion publique, celui des dissolutions en cascade des sociétés et entreprises publiques, accompagnées de licenciements massifs d’agents.
En dix années de gestion, de l’histoire du Bénin, un régime n’a jamais autant fermé, fusionné ou dissous des structures publiques au Bénin. Plusieurs offices, agences, sociétés et entreprises d’État ont disparu du paysage administratif sous le prétexte d’être budgétivores, inefficaces ou minées par la mauvaise gouvernance. Dès les premières heures de sa gestion, Patrice Talon avait envoyé des signaux forts quant à la réduction du train de vie de l’Etat et la rationalisation des dépenses. Une décision qui est jugée salutaire. Néanmoins, sur le terrain, les conséquences sociales de ces actes sont douloureuses. Des milliers de travailleurs béninois ont été renvoyés de leurs postes, parfois sans véritable accompagnement social, ni respect rigoureux des textes en vigueur. Derrière les statistiques séduisantes des réformes se cachent des vies brisées, des familles plongées dans la précarité et des carrières détruites du jour au lendemain. Pour beaucoup d’anciens agents, le Nouveau départ aura surtout été le point de départ d’une souffrance indescriptible. Dans certains cas, des agents ont servi l’Etat pendant des années avant d’être jetés dehors comme des malpropres. Conséquence, ils se sont retrouvés sans revenus stables, incapables de faire face aux charges familiales, aux frais de scolarité des enfants ou encore aux factures de santé.
Certains ont fait des dépressions et sont décédés par la suite. Ce qui fait mal, c’est la politique de deux poids, deux mesures qui entoure cette politique de fermeture. Alors que certaines structures publiques étaient fermées, d’autres agences et sociétés ont été créées presque simultanément avec des budgets parfois plus importants. Il est difficile de comprendre que pendant que des licenciements massifs sont faits au nom de la réduction des dépenses publiques, d’autres administrations bénéficient de moyens financiers colossaux. D’un côté, des agents licenciés au nom des réformes, de l’autre, une nouvelle promotion administrative bénéficiant de privilèges et de conditions salariales confortables. Une politique qui alimente frustrations et sentiment d’injustice sociale. Des voix comme celui du Secrétaire général, Anselme Amoussou, continuent de s’élever pour dénoncer des licenciements jugés abusifs, des procédures peu transparentes et l’absence de dialogue social réel avec les syndicats. Malgré les nombreuses plaintes, le gouvernement poursuit ses réformes malgré les douleurs et les cris de cœur.
Aujourd’hui, alors que le départ de Patrice Talon du pouvoir approche, si certains saluent les infrastructures réalisées et les transformations économiques engagées, d’autres retiennent surtout la souffrance sociale engendrée par certaines décisions politiques et administratives. C’est le cas des 169 agents de la Société de radiodiffusion et de télévision du Bénin (Srtb) qui viennent de goûter à cet amer fruit au même titre que ceux de l’Office national du bois (Onab) dissout. Ces deux derniers cas interviennent bien après ceux du Conseil national des chargeurs du Bénin (Cncb), de la Société béninoise des manutentions portuaires (Sobemap), de la Société nationale pour la promotion agricole (Sonapra), de l’Organisation commune Bénin – Niger (Ocbn), de l’Office national pour la sécurité alimentaire (Onasa), de la Société nationale de commercialisation des produits pétroliers (Sonacop), de la Commission nationale de migration de l’analogique au numérique (Cnman), de Benin Télécom S.A, de la Société de gestion des marchés autonomes (Sogema), de l’Agence des services et systèmes d’information (Assi), de l’Agence Bénin Presse (Abp), de l’Agence de promotion et d’appui aux petites et moyennes entreprises (Papme), de l’Agence béninoise d’électrification rurale et de maitrise d’énergie (Aberme Bénin), de la Caisse mutuelle de prévoyance sociale (Cmps), de l’Agence nationale des événements culturels, sportifs et des manifestations officielles (Anecsmo) et de la Direction des arts et du livre (Dal) pour ne citer que ceux-là.
Au Port autonome de Cotonou (Pac), à l’Autorité de régulation des communications et de la poste (Arcep Bénin) et à l’Agence nationale des transports terrestres (Anatt), des dizaines d’employés ont été mis à la rue sans même un petit mot de la Direction générale du travail et du ministère du Travail qui devraient veiller au respect des procédures ou à la protection des droits des travailleurs. Pour de nombreuses familles béninoises frappées par les licenciements et la fermeture des structures publiques, les deux mandats de Patrice Talon resteront synonymes d’incertitude, de chômage et de douleurs silencieuses. Pour les Béninois, l’autre surnom de Patrice Talon est le recordman des dissolutions d’entreprises publiques et des licenciements massifs au Bénin.
Alassane Touré