La liberté d’expression au Bénin est au cœur des inquiétudes au regard des fermetures de médias, des arrestations et des lois controversées. Lors d’une conférence-débat du BCC, des voix se sont élevées pour dénoncer un recul des libertés publiques et une pression croissante sur les acteurs.
La liberté d’expression et de la presse au Bénin fait l’objet de vives critiques. Réunis en conférence, des acteurs engagés, s’appuyant notamment sur les analyses de Maître Baparapé, ont dénoncé un climat de plus en plus contraignant pour les médias et les voix dissidentes.
En effet, depuis 2016, plusieurs organes de presse auraient cessé leurs activités, notamment des radios et télévisions privées comme Soleil FM, Golfe TV ou SIKA TV. Pour les intervenants, ces disparitions traduisent un environnement devenu hostile à la presse indépendante. La presse écrite, quant à elle, évoluerait dans un climat de vigilance permanente, marqué par l’autocensure. En cause notamment ; la loi sur le numérique (loi n°2017-20 du 20 avril 2018), jugée liberticide par les participants. Ce texte est perçu comme un outil de contrôle des réseaux sociaux, faisant planer une menace constante sur les citoyens. Dans ce contexte, la Haute Autorité de l’Audiovisuel et de la Communication (HAAC) est accusée d’agir comme un instrument de régulation au service du pouvoir.
Les atteintes ne se limiteraient pas aux médias. Les libertés d’association et de réunion sont également pointées du doigt. Des rassemblements, même privés, seraient soumis à autorisation, et toute réunion de plus de deux personnes pourrait être assimilée à un attroupement illégal, selon les critiques formulées. La création de la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (CRIET) en 2018 est également au cœur des débats. Présentée comme une juridiction d’exception, elle est accusée d’avoir contribué à l’emprisonnement ou à l’exil de nombreuses figures politiques et sociales pour leurs opinions.
Plusieurs cas emblématiques ont été évoqués, dont ceux de personnalités condamnées ou poursuivies, ainsi que des militants arrêtés lors de manifestations. Des situations récentes, comme des arrestations liées à des rassemblements ou des accusations d’atteinte à la sûreté de l’État, alimentent les inquiétudes.
Par ailleurs, des cas de kidnappings présumés à l’étranger, notamment ceux de Steeve Amoussou et Hugues Sossoukpe, ont été cités comme des exemples de dérives inquiétantes dépassant les frontières nationales. Dans ce contexte, les participants dénoncent un recul significatif des libertés publiques, notamment depuis 2016. Ils appellent à une mobilisation accrue, en particulier de la diaspora, pour défendre les droits fondamentaux.
Parmi les revendications figurent la libération des détenus considérés comme politiques, le retour des exilés, la réforme ou la suppression de certaines lois controversées, ainsi que le rétablissement d’un environnement favorable à la liberté de la presse.
Pour les intervenants, la préservation des libertés d’expression et de presse constitue un pilier essentiel de toute démocratie. Leur affaiblissement, préviennent-ils, pourrait avoir des conséquences durables sur la gouvernance et la cohésion sociale du pays.
Gildas AHOGNI