Depuis quelques années, plusieurs églises testent l’intelligence artificielle pour prêcher, enseigner ou dialoguer avec les fidèles. Ces expériences, encore limitées, ouvrent un débat sur l’avenir de la foi à l’ère numérique.
L’intelligence artificielle s’invite progressivement dans les églises. En 2024, aux États-Unis, le pasteur Justin Lester a créé un assistant basé sur ses sermons pour préparer des enseignements bibliques et accompagner la formation des fidèles. Pour lui, ces outils peuvent aider la croissance spirituelle et renforcer la vie communautaire.
Dans un article publié par Reuters, il défend clairement cette évolution. « Jésus a dit que nous ferons des choses encore plus grandes, et je pense que l’intelligence artificielle fait partie de ces choses plus grandes ». Le reportage souligne aussi que l’IA transforme déjà la manière de travailler, de vivre et même de pratiquer la foi, certains fidèles l’utilisant pour simuler des conversations avec Jésus ou rédiger des sermons, tandis que des responsables religieux mettent en garde contre les risques possibles de cette technologie.
L’une des premières expériences marquantes remonte à juin 2023 en Allemagne. Lors d’un grand rassemblement protestant, un culte entier — sermon, prières et musique — a été généré par une intelligence artificielle et présenté via des avatars devant plus de 300 personnes. Cette initiative voulait tester la place de la technologie dans la pratique religieuse et susciter la réflexion chez les croyants.
En mars 2025, en Finlande, l’église luthérienne Saint-Paul d’Helsinki a organisé un office expérimental largement conçu par l’IA. Sermon, prières, chants et images religieuses générés par ordinateur ont été présentés à plus d’une centaine de fidèles. Les responsables ont toutefois précisé que la technologie ne peut remplacer l’accompagnement pastoral humain ni certains rites essentiels.
Le cas très médiatisé du « Jésus IA »
Entre août et octobre 2024, une chapelle de Lucerne, en Suisse, a installé un hologramme appelé « AI Jesus ». Les visiteurs pouvaient dialoguer avec cet avatar nourri de textes bibliques et capable d’échanger dans plusieurs langues. Plus de 900 conversations ont été enregistrées durant cette phase test, pensée surtout comme une réflexion sur les limites du numérique dans la foi.
Un débat encore ouvert
Ces innovations attirent certains croyants, surtout les jeunes, mais inquiètent d’autres. Beaucoup estiment que la foi repose sur l’expérience humaine, l’écoute et l’émotion, des dimensions que la machine ne peut totalement reproduire. Pour eux la foi et la religion sont après tout basées sur la spiritualité. D’autres se questionne sur les limites de cette technologie comme dans le cas où des présumés suicides avaient eu lieu suite à des conseils de l’IA.
Pour l’instant, l’intelligence artificielle apparaît davantage comme un outil d’appui que comme un véritable remplaçant des prédicateurs. Mais son développement rapide laisse penser que la question restera au cœur des débats religieux dans les années à venir.
Ezéchiel Dagbégnon PADONOU.