Quelques heures seulement après son investiture à la tête du Bénin, Romuald Wadagni a procédé à la publication de la liste des membres de son tout premier gouvernement. Une équipe fortement attendue par les acteurs politiques de la mouvance présidentielle qui espéraient voir leurs efforts récompensés. A l’arrivée, un constat saute immédiatement à l’œil, les partis politiques ont obtenu une portion relativement faible dans la composition de cette première équipe gouvernementale.
C’est la déception au sein de la mouvance présidentielle. En effet, les deux grandes formations politiques soutenant le pouvoir, à savoir Union Progressiste le Renouveau et Bloc Républicain n’ont véritablement pas pesé dans les choix opérés par le nouveau chef de l’État. Sur les 24 ministres appelés à accompagner le nouveau locataire de La Marina dans la conduite des affaires publiques, à peine une dizaine, voire moins, seraient issus ou proposés par les deux grands blocs de la mouvance présidentielle.
Un choix qui traduit la volonté du successeur de Patrice Talon de privilégier les compétences techniques et administratives plutôt que les acteurs purement politiques. D’ailleurs, la majorité des profils retenus sont des technocrates, des cadres de l’administration publique ou encore des personnes ayant effectué une bonne partie de leur parcours académique et professionnel à l’étranger. Ce choix, bien qu’il soit salué dans certains milieux favorables à une gouvernance basée sur les compétences, passe cependant difficilement dans les rangs politiques. Au sein des partis de la mouvance, des frustrations commencent déjà à se faire entendre.
Plusieurs cadres politiques, qui se sont fortement impliqués dans la victoire électorale, estiment aujourd’hui avoir été laissés de côté au profit de personnes moins imprégnées dans les réalités politiques nationales. Dans certains états-majors politiques, la pilule est amère à avaler. Pour certains responsables politiques, les partis ne devraient pas être réduits à de simples machines de campagne électorale avant d’être mises de côté une fois le pouvoir conquis. Du côté du pouvoir, l’on tente déjà de rassurer. De sources très concordantes, des discussions seraient actuellement en cours afin de compenser cette faible représentativité gouvernementale par des nominations stratégiques dans plusieurs structures étatiques et institutions publiques. Directions générales, sociétés d’État, agences nationales et représentations diplomatiques pourraient ainsi servir de canal pour calmer les frustrations, car si la technocratie rassure sur le plan de la gouvernance, la réalité politique impose aussi de prendre en compte les intérêts et les attentes des uns et des autres. Les prochains jours permettront de voir si les frustrations actuelles seront véritablement apaisées par les nominations annoncées dans les coulisses.
Mohamed Yèkini