Face à l’essor de ses investissements en Afrique, la Chine renforce progressivement son dispositif sécuritaire. Pékin privilégie toutefois des sociétés de sécurité privée comme Wagner. Une approche qui ne manque pas de susciter des interrogations.
La présence sécuritaire chinoise en Afrique s’intensifie depuis une dizaine d’années, portée par l’expansion économique de Pékin sur le continent. Avec des milliers d’entreprises implantées et un nombre croissant de travailleurs chinois en Afrique, la protection des investissements, des infrastructures et du personnel est devenue un enjeu stratégique majeur. Contrairement à la Russie avec Wagner — devenu aujourd’hui Africa Corps — la Chine privilégie toutefois une approche plus discrète, basée sur des sociétés de sécurité privées plutôt qu’un déploiement militaire massif.
Des sociétés de sécurité bien identifiées
Plusieurs entreprises chinoises opèrent déjà sur le continent, notamment Beijing DeWe Security Service, Huaxin Zhong An Security Group, China Security Technology Group, Overseas Security Guardians ou encore Frontier Services Group, cette dernière étant partiellement liée à l’État chinois. Ces sociétés, souvent composées d’anciens militaires, assurent la protection de projets miniers, ferroviaires, portuaires ou énergétiques dans différents pays africains dans le cadre de la « Nouvelle Route de la soie ». Cette stratégie permet à Pékin de sécuriser ses intérêts tout en évitant une présence militaire trop visible.
Même si leurs missions sont officiellement économiques, plusieurs analystes estiment que ces sociétés participent aussi à l’influence stratégique chinoise. À l’image de la Russie avec Wagner, la Chine cherche à protéger ses intérêts et renforcer son poids diplomatique, mais par des moyens jugés moins offensifs et davantage centrés sur l’économie et la coopération sécuritaire.
Risques pour les populations locales
Si ces sociétés présentent leurs missions comme essentiellement défensives, plusieurs centres de recherche alertent sur les risques potentiels pour les populations locales, surtout dans les États fragiles. L’Africa Center for Strategic Studies souligne notamment que leur expansion rapide dépasse parfois les cadres juridiques existants, ce qui peut poser des problèmes de transparence et de responsabilité.
Des tensions liées aux investissements chinois ont déjà été observées. En octobre 2010 en Zambie, des superviseurs chinois d’une mine de charbon avaient ouvert le feu sur des ouvriers protestataires, blessant plusieurs personnes. En avril 2007 en Éthiopie, l’attaque d’un site pétrolier lié à des intérêts chinois avait aussi conduit à un renforcement sécuritaire autour de certains projets, parfois perçu comme intrusif par les populations locales.
Des analyses indiquent par ailleurs que certaines sociétés restent proches d’anciens milieux militaires ou étatiques chinois. Sans exactions systématiques documentées comparables à celles reprochées à certains groupes paramilitaires étrangers, des experts appellent toutefois à un encadrement plus strict afin de prévenir tensions ou abus.
Ezéchiel Dagbégnon PADONOU