Qui se rappelle de Mountazer al-Zaïdi ? Ce journaliste irakien qui, le 14 décembre 2008, lance ses deux chaussures à Georges Bush en conférence de presse avec le premier ministre Nourri Al Malicki à Bagdad ? Arrêté puis condamné à un an de prison, il sera libéré neuf mois plus tard pour bonne conduite. Il expliquera plus tard à Euronews n’avoir eu aucun regret pour avoir lancé ses chaussures sur Georges Bush. Ce dernier est pour lui un criminel qui a tué des milliers d’irakiens et détruit son pays. Devenu une coqueluche dans le monde arabe, il avait reçu des dons venant de plusieurs pays et avait tenté une carrière politique sans grand succès.
Oser lancer des chaussures à la personnalité politique la plus puissante et la plus protégée au monde relève d’un acte inédit et d’un courage exceptionnel.
Lorsqu’une gamine, à peine sortie de puberté, ose dénoncer les relents autoritaires d’un chef d’Etat qui se gausse du pluralisme politique, on peut bien penser qu’elle est de la même fibre que Mountazer al-Zaïdi. Celle de ceux qui entrent dans l’histoire en posant des actes de témérité excessive comparée souvent à la folie. Puis on l’a vue menottée, photographiée, vilipendée sur les réseaux sociaux, puis jetée en prison. On croyait qu’elle avait reçu la dose suffisante pour dissuader son courage indien ou peut être ce que d’aucuns appelle « démence ». Mais non, elle revient au prétoire pour défier le système de terreur judiciaire qui a fait plier même les plus grands de la République. Au lieu d’être malheureuse, elle fut hautaine. Au lieu de plaider non coupable, elle plaide coupable, affirmant ne rien regretter de ses propos qui l’ont conduite au bagne. L’épreuve de torture morale change de camp et les juges s’irritent. Elle surprendra par sa culture démocratique en défendant l’équité dans les sanctions infligées aux gens de son acabit qui, via les réseaux sociaux, déversent leur bile sur les autorités. Selon elle, ancienne comme nouvelle autorité méritent le même respect et les sanctions devraient être les mêmes pour tous ceux qui s’adonnent à de tels actes.
Même les condamnations à réclusion criminelle pour une ou deux décennies dont cette Cour est passée maîtresse ne l’ont guère dissuadée. Encore moins les reports incessants d’audience. La « folle » du jour demande à la cour de prendre tout son temps et de faire des reports jusqu’en 2030, le temps qu’elle savoure les « délices » de la prison où elle mangerait sept fois par jour.
Au delà de la défiance, de l’outrecuidance et de l’affront, les propos de la gamine devraient interpeller la conscience à la fois du chef de l’Etat, que des juges éprouvés dans leurs magistères. Sa tête est sûrement dans les égarements psychiatriques mais sa bouche réclame au nom des faibles et des opprimés plus de justice et d’équité. Elle réclame plus de liberté et de dignité de la personne humaine, plus consensus et de démocratie. « La démocratie, disait le professeur Joël Aïvo devant cette même juridiction, est éternelle… ».
Alors que ces chantres les plus avisés ont déposé clé sur le paillasson, que ses géniteurs de la conférence nationale sont presque tous allés à Canosa et que des aînés ont vendu leurs droits d’aînesse pour des plats de lentilles, une folle venue prend le flambeau de la lutte pour la justice sociale au péril de toute sa vie. Vivement que son action d’éclat serve à changer les cœurs et les esprits et que la « querelle» prenne fin comme son patronyme le dit.