À Matéri, dans le département de l’Atacora, la consommation d’alcool frelaté connaît une recrudescence inquiétante. Jeunes, parfois des femmes et personnes âgées s’y adonnent quotidiennement, poussés par le chômage, l’oisiveté et la précarité. Un phénomène ancien, signalé depuis plusieurs années, qui semble aujourd’hui s’installer durablement malgré ses conséquences sanitaires et sociales dramatiques.
Dans la commune de Matéri, au nord du Bénin, la consommation d’alcool frelaté s’impose comme une réalité sociale alarmante. À chaque coin de rue, dans les cabarets improvisés ou aux abords des marchés, des groupes de jeunes et même de personnes âgées se bousculent pour s’en procurer. La boisson, parfois fabriquée à base de substances dangereuses, est vendue à bas prix et accessible à tous.
En effet, pour beaucoup, la consommation n’est plus un simple loisir, mais un refuge face à la précarité. « Nous, on est à Matéri et on consomme. La dose est plus forte que nous », confie Ibrahim, visiblement conscient de sa dépendance. Le chômage et l’absence d’activités quotidiennes sont souvent évoqués pour expliquer cette dérive. « Tu te lèves le matin, tu ne sais pas quoi faire… Même trouver un petit travail est difficile. Cela pousse à boire », témoigne un habitant. À Matéri, l’alcool devient ainsi un moyen de combler le vide. Les jeunes, sans perspectives, se laissent entraîner par leurs pairs. Une balade entre amis suffit parfois à franchir le pas : un verre de tchoukoutou, puis de sodabi, et la journée s’écoule dans l’ivresse. Le plaisir immédiat l’emporte sur les risques. « Quand je prends deux verres, ça me met bien et je parle beaucoup », avoue un consommateur, avant de préciser qu’il lui faut ensuite manger la pâte pour supporter les effets.
Par ailleurs, les vendeurs, eux, reconnaissent à demi-mot la dangerosité de leurs produits, mais la nécessité économique prime. « Le verre est à 50 francs. Les gens n’ont pas les moyens de payer la bière qui est à 600f », explique l’un d’eux. L’objectif est donc de vendre pour survivre, quitte à ignorer les conséquences sanitaires qui sont pourtant lourdes. Des décès liés à la consommation d’alcool frelaté sont régulièrement signalés. Depuis environ cinq ans, les alertes se multiplient, laissant croire un temps à un recul du phénomène. Mais sur le terrain, la réalité est tout autre car la pratique persiste et semble même gagner en ampleur.
Les effets sur les comportements sont visibles. Des personnes âgées, sous l’emprise de l’alcool, errent dans les rues, crient sans raison apparente ou tiennent des propos incohérents. La dépendance touche toutes les générations et fragilise davantage le tissu social. Certains consommateurs reconnaissent leur impuissance. « Je suis malade de l’alcool, je le sens dans mon organisme… Pourtant, je continue. Il faut nous aider à arrêter », plaide Ibrahim. Derrière ces mots, une détresse profonde et un appel à l’accompagnement.
Face à ce phénomène, les autorités locales apparaissent démunies. Entre pauvreté persistante, manque d’emplois et absence de dispositifs de prévention efficaces, la lutte reste difficile. À Matéri, l’alcool frelaté n’est plus seulement un problème de santé publique. Il est devenu le symptôme d’un malaise social profond, où l’oisiveté et le désespoir nourrissent une spirale dangereuse.
Gildas AHOGNI