La question de la dette publique est devenue l’une des plus grandes préoccupations des dirigeants africains. En mai dernier, l’Union africaine a tenu à Lomé sa toute première conférence consacrée à ce sujet, révélant qu’une vingtaine de pays du continent sont déjà en situation de surendettement.
Entre 2015 et 2024, le ratio dette/PIB de l’Afrique est passé de 44,4 % à 66,7 %. Le Soudan domine largement le classement, avec une dette équivalant à 272 % de son PIB en 2024, alimentée par un contexte de guerre civile et par une forte dépendance à l’endettement extérieur. Le Sénégal suit, avec une dette représentant 119 % du PIB — et jusqu’à 132 % si l’on inclut les structures publiques — selon un rapport de la banque Barclays. Le pays affiche ainsi l’un des ratios les plus élevés du continent.
La Zambie fait partie des États les plus en difficulté, malgré des perspectives légèrement positives du FMI qui prévoit une baisse progressive de la dette. Le Cap-Vert, fortement dépendant du tourisme, reste lui aussi très exposé, avec une dette supérieure à 100 % du PIB malgré une légère amélioration depuis 2022. La République du Congo demeure sous pression budgétaire, le service de la dette absorbant près de la moitié des recettes publiques fin 2024.
Le Mozambique figure également parmi les pays les plus endettés, dépassant même le seuil de 100 % du PIB début 2025, à tel point que le gouvernement a annoncé ne plus être en mesure de respecter certaines obligations financières. L’Égypte n’est pas épargnée : sa dette publique représentait 91 % du PIB en 2024, tandis que le service de la dette continue de peser lourdement sur ses finances.
Le Malawi et Maurice se situent aussi dans la zone rouge, chacun avec un niveau d’endettement avoisinant 88 % du PIB. Enfin, la Guinée-Bissau, dernier du top 10, en proie à une instabilité politique chronique, présente un ratio de dette de plus de 82 %, dominé par un fort endettement intérieur.
Selon Clever Gatete, Secrétaire exécutif de la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique, la dette extérieure du continent a atteint environ 1 860 milliards de dollars en 2024, contre 1 000 milliards moins de dix ans plus tôt. Une progression spectaculaire qui fait peser un risque croissant de défaut de paiement sur plusieurs économies déjà fragiles. Les principaux créanciers restent la Banque mondiale, le FMI, la BAD et la Chine, tandis que les marchés financiers internationaux fournissent une grande part des emprunts contractés auprès d’investisseurs privés.
Un groupe de 25 experts internationaux a récemment appelé à un allègement coordonné de la dette africaine, estimant que le continent fait face non seulement à une crise financière, mais aussi à une véritable crise du développement.
Ezéchiel Dagbégnon PADONOU