Tricherie, vol, mascarade ou complot savamment orchestré et mis en œuvre pour un passage en force qui n’arrange ni le Bénin, ni le peuple béninois, ni les acteurs et encore moins le présumé commanditaire ; telles sont les qualifications qu’attribue l’opposition béninoise au processus qui a conduit à la modification de la Constitution béninoise au petit matin de ce samedi 15 Novembre 2025. Les députés du parti Les Démocrates s’en indignent tout comme le peuple béninois qui grince les dents en silence. Mais, que s’est-il vraiment passé à l’hémicycle cette nuit-là ?
Les députés du groupe parlementaire Les Démocrates était face à la presse dans l’après-midi de ce samedi 15 Novembre 2025. L’objectif pour eux était d’exposer à l’opinion publique nationale et internationale ce qu’ils ont appelé la mascarade organisée par les députés de la majorité parlementaire pour faire passer la révision de la constitution. Les 22 députés de l’opposition soutiennent fort que personne parmi eux n’a voté pour la révision de cette constitution. Mais où la majorité parlementaire a pu dégoter trois (03) voix supplémentaires pour se retrouver à 90 voix pour au lieu de 87 et faire valider la révision ?
En effet, le film vécu en direct par les députés LD est digne d’un hold-up jamais vécu depuis 1990 au sein du parlement béninois, selon l’honorable Sariki Raouf. Convoqué pour 11 heures, la plénière 11 heures, la plénière n’a pu démarrer qu’après 20 heures avec plusieurs aller-retours du président de l’Assemblée Nationale et plusieurs députés de la mouvance entre le Palais des Gouverneurs et le Palais de la Marina. Au haut lieu de la politique implanté au cœur de la ville capitale, l’atmosphère sentait déjà l’incertitude, la suspicion, la méfiance et surtout l’envie bien nourrit de faire aboutir un projet par chacun des camps, notamment l’opposition qui travaille pour l’échec et la mouvance qui ne voulait pour rien au monde rater la révision après le vendredi noir du 1er Mars 2024. Ça déambulait dans la cour de l’Assemblée et des réunions se multipliaient avant que la sirène ne retentisse pour la troisième fois synonyme de l’ouverture des travaux en plénière.
Pour la première fois depuis sa fronde, le député Michel Sodjinou apparut à l’hémicycle, avec ses cinq autres collègues qui ont abandonné le navire LD. Après les débats sur la proposition de la loi modificative de la constitution du 11 décembre 1990, il a été suggéré contrairement au 1er Novembre 2024, que le vote soit secret. A cette étape, 22 démocrates ont dit nom tout comme au vote pour la recevabilité et 87 ont approuvé. Ceci a ouvert directement la voie au vote pour la révision proprement dite. En ce moment, il sonnait déjà 23 heures. C’est ainsi que le président de l’Assemblée nationale suspend la séance qui devrait être reprise lundi 17 novembre. « Non finissons-en maintenant », ont suggéré les députés démocrates qui étaient sûrs d’eux-mêmes. Avant les votes, ils ont d’ailleurs réduit leur nombre à 11 avec chacun une procuration en main. Même les premiers responsables du parti au parlement ont remis leur procuration et sont sortis de la salle.
Un hold-up mal orchestré ?
Au cours du vote et pendant que tout se déroulait normalement, raconte le député Kamel Ouassagari, un des scrutateurs en l’occurrence l’honorable Augustin Ahouanvoébla sort de la salle, revient et va vers l’honorable Kamel Ouassagari tout comme s’il voulait lui passer un message. Il s’agrippa alors Ouassagari qui cherchait à se libérer de son accolade quand la première coupure de courant intervint, rapporte la victime a la conférence de presse organisée samedi par les élus démocrates. « Olé, olé, olé », c’est-à-dire, « Oh voleur, oh voleur, oh voleur », ont crié les députés démocrates qui ont compris le jeu. Au décompte des voix la coupure intervient pour la deuxième fois. Et à la fin, le décompte donne 90 pour, 18 contre et zéro abstention soit au total 108, alors qu’il y avait 109 votants. Une erreur que les LD ont relevé puis les secondes après la salle plonge une troisième fois dans le noir, rapporte les députés LD. Ensuite, les voix deviennent normales avec 90 pour, 19 contre et zéro abstention. S’est ensuivi un grand vacarme dans lequel le président Louis Vlavonou a pu quand même proclamer les résultats du vote qui révise la constitution pour la deuxième fois en 5 ans sous le régime de la rupture.
La fin de ce film honteux éplore tout le peuple béninois qui se plaint sur les réseaux sociaux, dans les rues, pour la profanation de sa bible, de sa constitution. Tous les regards sont une fois encore tournés vers la Cour Constitutionnelle qui doit juger de la constitutionalité de ce hold-up mal orchestré mais qui plonge tout le pays dans une incertitude juridico-politique sans précédente.
Norbert Adjakoun