La révision constitutionnelle adoptée dans la nuit du vendredi au petit matin du samedi 15 novembre 2025 continue de susciter une avalanche de réactions et d’interrogations. Si les sbires de la majorité parlementaire s’efforcent encore de défendre une réforme « nécessaire », une grande partie de l’opinion publique reste convaincue que cette opération nocturne a bénéficié d’un personnage qui a tiré les ficelles dans l’ombre.
Depuis samedi dernier que la Constitution du Bénin a été révisée avec une célérité et un coup de force, de nombreuses voix s’élèvent pour dénoncer la manière controversée dont la réforme a été menée. Pour beaucoup, la rapidité de la procédure, l’opacité des discussions et la pression ressentie au sein de la majorité parlementaire ne laissent aucun doute qu’il y a un acteur de l’ombre. Ce dernier aurait joué un rôle déterminant dans ce qui s’apparente pour certains à un « pilotage à distance » de la représentation nationale. Plusieurs faits le prouvent à suffisance et alimentent particulièrement ces soupçons. Selon plusieurs indiscrétions, le président de l’Assemblée nationale, Louis Vlavonou aurait fait plusieurs navettes entre Porto Novo et Cotonou ce jour. Son cortège a été aperçu dans la matinée du vendredi vers 11 heures sur l’avenue Jean Paul II. Pourtant, rien d’officiel n’expliquait cette présence dans cette zone. Aucune activité protocolaire, aucune cérémonie, aucune séance de travail institutionnelle n’était annoncée ou prévue dans l’agenda du Président de l’Assemblée nationale à Cotonou.
Pour de nombreux observateurs, l’hypothèse la plus crédible reste donc celle de consultations privées avec le chef de l’État lui-même. La présence du président de l’Assemblée nationale dans ces lieux, sans justification officielle, renforce l’hypothèse d’un cadrage précis venu du sommet de l’État. Dans plusieurs cercles politiques, on est sûr que Patrice Talon aurait donné des directives pour que le vote soit lancé sans délai et exécuté de manière quasi mécanique. Cette révision constitutionnelle, menée en soirée, prolongée jusque tard dans la nuit, et dépourvue d’un réel débat public préalable, parait ainsi avoir été goupillée. Pour une grande partie des citoyens et pour les défenseurs de la démocratie parlementaire, cette impression de « pilotage centralisé » remet en cause l’indépendance même de l’Assemblée nationale et ramène le débat sur l’ombre de Patrice Talon dans les votes opérés par le Parlement. Mais plus encore, ce sont les soupçons d’implication personnelle du président de la République qui alimentent désormais le débat.
Alassane Touré