Le Prof. Dr. Ir. Nourou S. YOROU, enseignant-chercheur à la Faculté d’Agronomie, Université de Parakou, Directeur de l’Unité de Recherche en Mycologie Tropicale et Interactions Plantes-champignons, et Directeur Général de l’Agence béninoise pour la Recherche et l’Innovation (ABRI) a, dans un entretien , donné plus d’explications sur le 4ᵉ Congrès International sur la Conservation des Champignons qui s’est tenu du 3 au 7 novembre 2025 à Cotonou, au Bénin .
Pouvez-vous nous présenter brièvement le 4ᵉ Congrès International sur la Conservation des Champignons ?
Le 4ᵉ Congrès International sur la Conservation des Champignons s’est tenu du 3 au 7 novembre 2025 à Cotonou, au Bénin. Conjointement organisé par MyTIPS la Société Internationale pour la Conservation des Champignons (ISFC), ce congrès est abrité par l’université de Parakou et a réuni 80 experts venus de 35 pays pour discuter de la recherche, de la conservation et de la valorisation des champignons.
C’est la première fois depuis la création de la Société internationale pour la Conservation des Champignons que ce congrès se tient sur le continent africain, et le choix du Bénin marque une reconnaissance internationale du dynamisme scientifique du pays dans ce domaine.
Pourquoi le choix du Bénin pour accueillir cette édition ?
Ce choix s’explique par le rôle central que joue le groupe de recherche que je dirige à l’Université de Parakou, en tant que pionnier de la mycologie tropicale Ouest-Africaine. Grâce à nos différents travaux (y compris moi et tous mes collaborateurs) à l’Université de Parakou, le Bénin s’est imposé comme une référence africaine en mycologie, avec une expertise reconnue à l’échelle mondiale. D’autre part, le congrès s’aligne derrière le mouvement international initié peu avant la COP16 à Cali en Colombie en 2024, à laquelle j’ai pris part en tant que mycologue, aux côtés de la délégation béninoise. Lors de cette COP16, un plaidoyer adressé au Secrétariat de la Convention sur la Diversité Biologique pour des actions de conservation inclusives en faveur des champignons avait été initié par les gouvernements de Chili et du Royaume-Uni. Le Bénin a été le premier pays Africain, et le 3e au monde, a co-signer ce plaidoyer. Par ailleurs, le congrès s’inscrit aussi dans la continuité du projet « Conservation des champignons en Afrique au Sud du Sahara (FC-SSA) » financé par le gouvernement du Royaume-Uni à travers la fondation Darwin Initiative. Ce projet est coordonné par MyTIPS, une unité de recherche affiliée à l’université de Parakou. C’est donc à juste titre que l’Université de Parakou a été choisie pour abriter ce congrès inédit sur le continent Africain.
Justement, qu’est-ce que MyTIPS ?
MyTIPS signifie Mycologie Tropicale et Interactions Plantes-Champignons du Sol.
C’est une unité de recherche dirigée par moi-même (Prof. Nourou Soulemane Yorou) à l’université de Parakou et qui fait de la recherche sur les champignons d’Afrique Tropicale. L’organisation de MyTIPS repose sur cinq axes de recherche couvrant les principaux domaines de la mycologie, à savoir :
· Systématique et co-évolution champignons–hôtes, axée sur la taxonomie, la phylogénie moléculaire et la coévolution.
· Modélisation et changements climatiques, dédiée à la prédiction des impacts environnementaux sur les communautés de champignons utiles.
· Biotechnologie et domestication des champignons, centrée sur la culture, l’amélioration et la valorisation des espèces.
· Ethnomycologie et Conservation, qui explore les savoirs locaux et la perception sociale des champignons dans un contexte d’exploitation durable.
· Microbiologie Environnementale et biostimulants, orientée vers la mycoremediation, découverte de biofertilisants et biostimulants naturels.
Chaque axe de recherche est animé par des doctorants sous la direction d’un mycologue post-doctorant. MyTIPS compte également un coordinateur scientifique et technique, un responsable logistique et discipline, un secrétaire administratif, ainsi qu’un gestionnaire d’herbier. La coordination générale des activités est assurée par un Conseil scientifique, garant de la cohérence et de la qualité des programmes de recherche.
Quels étaient les objectifs principaux de ce congrès ?
Le congrès visait à :
Favoriser les échanges scientifiques entre chercheurs, étudiants et décideurs.
Promouvoir la conservation des champignons, un pilier souvent négligé de la biodiversité.
Créer un réseau international de collaboration en mycologie
Conscientiser le grand public sur l’utilité, la diversité fonctionnelle et l’urgence de conserver ce patrimoine naturel
Quelles sont les thématiques majeures qui ont été abordées ?
Les discussions ont porté sur :
La diversité fongique et son rôle dans les écosystèmes tropicaux.
Les applications des champignons dans la santé, l’agriculture et la biotechnologie.
Les enjeux de la conservation et des politiques publiques pour la préservation de la biodiversité fongique.
Le rôle de la communauté à la base dans les actions de conservation avec un cas d’école,
La science citoyenne et communautaire et l’éducation, et leur importance dans les sciences de la conservation.
Les questions de financement dans les projets de conservation
L’implication des décideurs et autres acteurs dans les activités de conservation des champignons
En quoi cet événement représente-t-il une plus-value pour le Bénin ?
Ce congrès place le Bénin au centre de la recherche fongique mondiale. Il renforce la visibilité de nos chercheurs, attire des partenariats internationaux et contribue à faire du Bénin une vitrine scientifique au niveau Africain. De par ses activités de recherche sur les champignons, l’Université de Parakou s’est érigé en un centre de référence, un hub, en matière de recherche et d’enseignement mycologique. Ce congrès vient renforcer le positionnement du Bénin en matière de recherche et de conservation des champignons. Par ailleurs, le congrès s’est soldé par la déclaration de Cotonou pour la conservation des champignons. Cette déclaration réaffirme l’engagement des mycologues, mais aussi une invitation à toute la communauté scientifique à tenir désormais compte des champignons dans les plans et stratégie de conservation de la biodiversité. Nous pensons de fait à insérer Cotonou (Bénin) dans le concerts et mouvements internationaux de conservation de la nature.
La mycologie reste un domaine peu connu. Quels sont aujourd’hui les défis de recrutement et de formation des jeunes chercheurs ?
C’était effectivement l’un de nos grands défis. Pendant longtemps, la mycologie suscitait peu d’intérêt au Bénin et en Afrique, souvent par manque d’information ou de moyens. Mais la situation a beaucoup évolué : aujourd’hui, nous recevons un nombre croissant d’étudiants intéressés par ce domaine, et pas seulement à l’Université de Parakou. Toutes les universités du Bénin et de la sous-région nous sollicitent pour des mémoires de licence, de master et de doctorat en mycologie.
Entre 2015 et 2025, nous avons formé une dizaine de docteurs béninois et plus de vingt-cinq docteurs africains, dont j’ai eu l’honneur d’assurer directement la formation. Cela montre l’enthousiasme et la vitalité nouvelle de ce champ scientifique. Cependant, le principal défi aujourd’hui est le recrutement. Je suis actuellement le seul enseignant recruté au Bénin dans ce domaine, ce qui rend la tâche très difficile. Les jeunes docteurs que nous avons formés sont là, compétents, passionnés, mais sans postes disponibles. Certains finissent par partir à l’étranger, où leur expertise est mieux valorisée.
Sur les dix docteurs béninois formés, seuls quatre sont encore dans le pays. Les autres travaillent désormais en France, en Allemagne, en Chine ou au Japon, dans des institutions qui ont compris l’importance stratégique de la mycologie et du personnel qualifié dans ce domaine.
Il est donc urgent de créer des opportunités de carrière pour ces jeunes chercheurs au Bénin. Car la mycologie n’est pas seulement une science passionnante : c’est une mine d’or scientifique et économique capable de transformer nos ressources naturelles en richesses durables pour le pays et pour l’Afrique.
Quels résultats ou collaborations attendez-vous à la suite de ce congrès ?
Nous espérons renforcer la coopération avec des universités et centres de recherche du monde entier, développer des projets conjoints sur la biodiversité fongique, et obtenir plus de soutien institutionnel pour la recherche au Bénin. Mais surtout, nous voulons que ce congrès soit le point de départ d’une nouvelle dynamique africaine autour de la conservation et de la valorisation des champignons.
Un dernier mot ?
Je voudrais remercier tous les partenaires, les chercheurs et les bénévoles qui ont rendu cet événement possible. Ce congrès prouve que l’Afrique a un rôle clé à jouer dans la science mondiale, et que le Bénin peut être un modèle de leadership scientifique dans le domaine de la mycologie. Par ailleurs, en tant que Directeur de MyTIPS, et Directeur Général de l’ABRI, mon devoir est, entre autre, d’œuvrer à perpétuer ces genres de manifestations scientifiques au Bénin pour plus de visibilité des résultats de la recherche scientifique au Bénin.
