Le professeur Amath Ndiaye est l’un des farouches défenseurs du franc CFA. L’universitaire sénégalais a présenté tout récemment les cinq avantages qu’il y a à maintenir le franc CFA, une monnaie qui fait pourtant l’objet de vives contestations sur le continent.
A l’université Cheikh Anta Diop, le professeur d’économie Amath Ndiaye fait figure d’exception. Dans un contexte africain marqué par la montée en flèche des néo-panafricains et de fronde anti-impérialiste, il trouve les moyens intellectuels de défendre le franc CFA taxé de monnaie de « colonisation » et de « domination ». Pour justifier sa position, le professeur NDIAYE ne manque pas d’arguments.
La première raison évoquée par Amath Ndiaye est la réforme de 1973. « Le débat sur le franc CFA reste trop souvent enfermé dans un cadre figé : celui d’une monnaie coloniale héritée de 1945 et prétendument encore dirigée depuis Paris. Or, cette représentation ne correspond plus à la réalité. Le franc CFA d’hier a bel et bien disparu. Celui d’aujourd’hui est africain dans sa gouvernance, sa gestion et son avenir », clarifie d’entrée de jeu l’économiste sénégalais. Dans ce processus d’appropriation de la monnaie, il y a une année très importante, 1973. C’est ce qu’il appelle la mutation définitive. « Depuis sa création en 1945, le franc CFA a connu une succession de réformes qui en ont transformé la nature. La plus décisive intervient en 1973, lorsque les banques centrales cessent d’être administrées par des gouverneurs français. Pour la première fois, des Africains prennent les commandes de la BCEAO et de la BEAC. C’est un tournant majeur : la gestion monétaire, longtemps symboliquement rattachée à Paris, devient pleinement africaine », clarifie-t-il. Ce processus a connu un aboutissement heureux avec la réforme de 2019. « Depuis 2019, la France n’a plus aucun représentant dans les instances de la BCEAO. Elle propose tout simplement son soutien financier en cas de pénurie de devises, via la garantie de convertibilité. Mais les décisions monétaires, elles, relèvent désormais exclusivement des Africains », renchérit Amath Ndiaye.
La deuxième porte sur la dénomination de la monnaie elle même. « L’autre argument de l’économiste, c’est que les sigles ont changé de dénomination. « Même les sigles CFA ont changé de sens : de « Colonies françaises d’Afrique » à « Communauté financière africaine » en Afrique de l’Ouest, et « Coopération financière en Afrique centrale » dans la zone BEAC. Une mutation qui illustre bien la décolonisation progressive de la monnaie, autant dans sa symbolique que dans sa substance ». Parlant de la fabrication de cet argent en France, l’universitaire fait la différence entre un billet et une monnaie. Ce qui est fabriqué en France, ce n’est pas une monnaie, c’est juste des billets qui deviennent la monnaie lorsqu’ils sont introduits dans le système monétaire par les banques centrales », clarifie-t-il, ajoutant qu’il y a plusieurs pays africains qui ont leurs propres monnaies mais qui ont signé des contrats de fabrication de leurs billets avec d’autres pays. « Cela n’enlève rien à la souveraineté de leurs monnaies ».
La troisième raison c’est que le franc CFA est une monnaie d’intégration puisqu’elle permet de créer des zones d’intégration très dynamiques en Afrique de l’Ouest et du centre. En Afrique de l’Ouest, huit pays se sont constitués, grâce à cette monnaie, en un marché économique et une stabilité monétaire et économique assez rare en Afrique.
La quatrième raison, dit-il, le franc CFA a permis l’éclosion d’un secteur bancaire assez dynamique . Pour le professeur Ndiaye, le franc CFA a favorisé un secteur bancaire typiquement africain. Il fait remarquer que ce sont les banques qui permettent la circulation de la monnaie. « On ne peut pas contrôler une monnaie, si on ne contrôle le secteur bancaire », dit-il. Dans les zones CEDEAO et CEMAC, il n’y a presque pas de banque française.
Enfin, la cinquième raison est le secteur commercial. La France n’est pas le premier partenaire commercial des pays de la zone UEMOA. C’est plutôt la Chine. Et le professeur de demander : « Comment la France contrôle une monnaie et pourtant, n’est plus le plus pays à exporter vers la zone UEMOA qu’on dit qu’elle contrôle ?Dans certains pays, la France ne figure même pas dans les dix premiers pays d’exportation. balance commerciale le commerce.
Le professeur Ndiaye finit donc par conclure que : « Le franc CFA d’aujourd’hui est donc une monnaie africaine, avec ses forces et ses limites. La véritable question n’est plus de savoir s’il est « colonial » mais de réfléchir à son avenir : comment le rendre plus flexible et l’aligner à un panier de devises, afin de mieux accompagner les transformations économiques et stratégiques du continent ».