Les députés de la 9ème législature ont adopté dans la nuit du 04 mars au 05 mars 2024 le nouveau code électoral. L’adoption de ce nouveau code électoral n’a pas laissé indifférent le Père Eric Aguénounon, Écrivain-Essayiste, philosophe politique et analyste politique. Dans un entretien qu’il a accordé au journal La Croix du Bénin, le Père Éric Aguénounon a exprimé ses inquiétudes face aux nouveaux dispositions mises dans le code électoral révisé. “ Je dois commencer par dire qu’en science politique, le parti politique a pour but d’animer la vie politique et de gagner les élections au plan local, régional, départemental, et national. Mais il est important de rendre ce service politique avec liberté, justice, paix, équité, et engagement” a déclaré le Père Aguénounon.
Mais selon l’analyste politique, le Code électoral adopté, le 05 mars 2024 au Palais des Gouverneurs de Porto-Novo, “est du pur juridisme”. “Juridisme pour contrôler et asseoir un système partisan prêt- à-porter” a laissé entendre le philosophe politique. Il a précisé que “le Droit ne doit pas être la bête féroce qui broie et qui dévore tout sur son passage”. “ Le Droit, je le préfère quand c’est l’ange, à l’exemple de l’ange gardien qui protège, accompagne et suit” a lâché l’Écrivain-Essayiste. Il a indiqué que l’acte posé par les élus du peuple de la 9ème législature a généré, au sein des différentes couches de la société béninoise, de “ la méfiance” et de “la désespérance”. Pour lui, “ la malice et la stratégie de domination nous conduisent progressivement vers des élections exclusives qui pourraient aboutir à la violence et à la tragédie” et que “ le Code électoral adopté semble structuré, tout bien pesé, pour faire advenir l’exclusivisme”.
Le philosophe politique a fait savoir qu’ “en science politique, il est malsain de donner des quotas comme on le fait avec le nouveau Code pour une élection”. La manière dont les choses sont faites aujourd’hui au Bénin le pousse à dire que “ ce n’est plus du multipartisme” mais “ce sont les libertés publiques et politiques qui sont embrigadées”. Le Père Aguénounon n’est pas contre qu’ “on mette un taux en vue du financement des partis politiques”. Qu’on “mettre un taux pour les élections législatives, municipales et autres”, il est contre. Selon lui, “c’est tuer la démocratie, tuer sa vitalité, tuer la démocratie à la base”.
Cadenasser l’électorat
En prenant l’exemple de certains pays occidentaux, l’analyste politique a affirmé qu’” il y a traditionnellement des villes réputées de gauche ou de droite ou du centre droit ou du centre gauche”. Pour ce cas, les formations politiques ont beaucoup d’élus communaux sans députés ou très peu de députés. D’autres par contre, selon lui, “ ont beaucoup de députés” mais “n’ont pas d’élus municipaux ou très peu d’élus municipaux”. “Un président peut sortir d’un parti politique alors qu’il n’a pas la majorité au Parlement ou au niveau des Mairies” a révélé le Père Aguénounon. Il pense donc que “le système en passe d’être mis en place à travers le nouveau Code électoral est un système qui banalise et instrumentalise le peuple” et que “c’est comme si on n’a plus conscience que c’est le peuple qui vote ; c’est le peuple qui est le cœur de la vie politique, c’est le peuple qui est souverain”.
“À la vérité, on risque de cadenasser l’électorat. On veut même empêcher la sortie massive du peuple. Je ne sais pas combien de partis politiques peuvent avoir ces pourcentages-là et donc, il y a de l’exclusion en perspective” a martelé l’Écrivain-Essayiste. Le fait de passer de 10% à et 15% aujourd’hui de députés et/ou maires à réunir pour le parrainage et qu’ils doivent provenir d’au moins 3/5 des circonscriptions électorales et les 20% d’électeurs par circonscription pour tout parti en lice avant d’être éligible pour les élections législatives pourraient, selon le philosophe politique, “ nous conduire dans l’impasse, la violence, et l’exclusion”. Pour lu, “ aucun système partisan ne peut tenir par la force”.
Sélection naturelle
Le Père Eric Aguénounon souhaite que “le système partisan fonctionne à travers des éliminations naturelles, des mouvements naturels”. “Tous ceux qui concouraient à l’élection présidentielle n’étaient pas tous élus ; tous ceux qui concouraient aux élections législatives n’étaient pas élus” a-t-il souligné. L’analyste politique se rappelle qu’il y a quelques années on avait près de 300 partis politiques et que “ c’étaient les plus grands partis ou regroupements politiques qui arrivaient à avoir des députés au Parlement”. Pour lui, “ c’est cela la sélection naturelle”. C’est pourquoi selon le philosophe politique, “ le système en passe d’être mis en place à travers le nouveau Code électoral est un système qui banalise et instrumentalise le peuple” et que “c’est comme si on n’a plus conscience que c’est le peuple qui vote ; c’est le peuple qui est le cœur de la vie politique, c’est le peuple qui est souverain”.
“ Je ne sais pas combien de partis politiques peuvent avoir ces pourcentages-là “ s’est-il interrogé avant d’ajouter : “Et donc, il y a de l’exclusion en perspective”. Il a expliqué que “ la sélection se fait de façon naturelle dans les consciences, dans les expériences, dans les pratiques et on évolue normalement vers des regroupements” et qu’“ aujourd’hui, avec le juridisme, on a construit un système partisan mécanique”. Il n’a pas manqué de faire deux observations. La première observation est que la Cour constitutionnelle du Bénin doit prendre l’exemple sur le Conseil constitutionnel du Sénégal. Quant à la deuxième observation, c’est qu’il faut que les députés pensent au pays qu’ils vont léguer aux générations à venir.
Il a par ailleurs signalé que le Président Patrice Talon est maître du jeu. “ En tant que maître du jeu, je l’exhorte à ne pas avoir peur ou à ne pas être inquiet, et de prendre l’exemple laissé par l’ancien président Mathieu Kérékou. Après le pouvoir, il y a une vie. Et la vie après le pouvoir se prépare dès maintenant. Il est temps de tout corriger” a conseillé le Père Eric Aguénounon au Chef de l’Etat.