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‎AGOA : Pretoria et Kigali face aux pertes commerciales et aux risques sur l’emploi

‎ ‎L’exclusion de l’Afrique du Sud et du Rwanda de l’African Growth and Opportunity Act (AGOA), annoncée par Washington le 2 novembre 2026, menace plusieurs secteurs exportateurs des deux pays. À partir du 1er janvier 2027, les entreprises concernées perdront leurs avantages douaniers sur le marché américain, avec des conséquences particulièrement sensibles pour l’agriculture, l’industrie textile

‎AGOA : Pretoria et Kigali face aux pertes commerciales et aux risques sur l’emploi

et certaines activités manufacturières. ‎

‎Selon les données communiquées par le gouvernement sud-africain, les exportations réalisées sous AGOA ont atteint environ 1,7 milliard de dollars en 2025, contre 4 milliards en 2024, soit une baisse de 57,5 %. Elles ne représentaient toutefois que 10 % environ des exportations sud-africaines vers les États-Unis et près de 1 % de ses exportations mondiales. Environ 89 % des marchandises sud-africaines exportées vers le marché américain bénéficiaient déjà des tarifs ordinaires de l’Organisation mondiale du commerce. ‎ ‎

Des milliers d’emplois sous pression ‎

‎L’agriculture et l’industrie manufacturière figurent parmi les secteurs les plus exposés. Les producteurs d’agrumes, de vin et de fruits risquent notamment de perdre leur avantage concurrentiel face aux fournisseurs d’Amérique latine et d’Europe. Gerrit van der Merwe, président de l’Association des producteurs d’agrumes d’Afrique australe, souligne que certains vergers ont été spécialement plantés pour approvisionner le marché américain. « Il est trop tôt pour dire combien, mais certaines personnes vont malheureusement perdre leur emploi », a-t-il averti auprès de Reuters. ‎

‎La centrale syndicale COSATU estime entre 3 000 et 10 000 le nombre d’emplois susceptibles d’être menacés. Son coordinateur parlementaire, Matthew Parks, prévient que les pertes pourraient particulièrement affecter les communautés agricoles du Cap-Occidental. Il évoque même un risque de voir apparaître des « villes fantômes » si les entreprises ferment leurs portes. Toutefois, l’économiste agricole Wandile Sihlobo estime que la plupart des produits concernés subiront des droits supplémentaires d’environ 3,4 %, sans perdre automatiquement leur accès au marché américain. ‎

 ‎Un enjeu commercial et diplomatique pour Kigali

 ‎ ‎Pour le Rwanda, l’exposition commerciale est plus réduite. Les importations américaines de marchandises rwandaises ont atteint 43,3 millions de dollars en 2025, en hausse de 43,3 % sur un an. En 2024, le café, le thé et les épices représentaient 19,2 millions de dollars sur 31 millions d’exportations vers les États-Unis, soit environ 62 %. ‎

 ‎« Les Américains consomment beaucoup de notre café, et l’accès sans droits de douane rend nos prix compétitifs », explique Simeon Ngendahayo, directeur général de Wealth Hill Coffee Roasters, une entreprise qui exporte du café. ‎

‎Les motivations politiques derrière la décision

‎ ‎Dans son communiqué, Washington reproche officiellement au Rwanda des entraves au commerce et aux investissements américains, des insuffisances concernant l’État de droit, le pluralisme politique, les droits internationalement reconnus des travailleurs et les droits humains, ainsi que des menaces contre ses intérêts sécuritaires et diplomatiques. À l’Afrique du Sud, l’administration Trump reproche des obstacles commerciaux, la corruption et des pratiques contraires à ses intérêts stratégiques. ‎

‎Toutefois, les observateurs relient ces sanctions à des tensions politiques plus profondes. Pretoria est notamment critiqué pour sa plainte contre Israël devant la Cour internationale de Justice. Il y a aussi sa politique de redistribution foncière et ses mesures de transformation économique visant à corriger les inégalités héritées de l’apartheid. La réforme foncière concerne notamment les propriétaires blancs, en particulier les agriculteurs afrikaners, qui détiennent une part historiquement disproportionnée des terres agricoles. La loi sud-africaine de 2025 sur l'expropriation autorise, dans certaines circonstances limitées, une expropriation sans indemnisation. Washington y voit une discrimination contre la minorité blanche. Pretoria a fermement démenti ces accusations, affirmant que la réforme s'inscrit dans le cadre constitutionnel et vise à réparer les injustices historiques. ‎ ‎

Pour Kigali, la décision intervient après les sanctions américaines contre son ministère de la Défense et une institution financière, Zigama Finance. Le Rwanda est accusé de soutenir le M23 dans l'est de la RDC, ce que le pays dément. ‎

 ‎Face à cette situation, Pretoria entend diversifier ses débouchés vers l’Asie, l’Europe et l’Afrique. Le ministre sud-africain du Commerce, Parks Tau, estime que « cette décision ne définit pas l’ensemble des relations entre l’Afrique du Sud et les États-Unis », appelant à poursuivre le dialogue. Le gouvernement rwandais n'a pas encore réagi à l'annonce de son exclusion. Pour les deux pays, les 60 jours précédant l'entrée en vigueur de la mesure constituent désormais une fenêtre de négociation. ‎

‎EP

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