Depuis plusieurs jours, le marché de Ouando vit au rythme des descentes de la Police républicaine. Des marchandises saisies, des étalages démantelés, des commerçants en fuite et une clientèle qui se fait rare. En se rendant sur les lieux, le journal Le Patriote a constaté un marché inhabituellement calme où les vendeurs dénoncent des interventions jugées brutales et sans avertissement préalable. Entre colère, incompréhension et chute des recettes, les victimes lancent un appel aux autorités pour qu’ordre public et respect de l’activité commerciale puissent enfin cohabiter.
Il est difficile de reconnaître le marché de Ouando. D’ordinaire animé par les cris des vendeurs, les négociations et le va-et-vient incessant des clients, le plus grand centre commercial de Porto-Novo offre désormais un visage presque méconnaissable. Les allées sont clairsemées, plusieurs devantures sont vides et un silence inhabituel règne sur les lieux. « On dirait une église », souffle un commerçant. Ce calme apparent cache pourtant une profonde psychose née des récentes opérations de la Police républicaine.
En effet, selon plusieurs commerçants rencontrés par le journal Le Patriote, les descentes policières se multiplient depuis quelques jours. L’objectif affiché est d’empêcher toute occupation des espaces situés devant les boutiques. Une mesure que les vendeurs disent comprendre sur le principe, mais dont ils dénoncent la méthode. « Nous étions dans le marché quand on a commencé à entendre : Ils sont venus ! Ils sont venus ! Tout le monde s’est mis à courir dans tous les sens. On nous a dit qu’ils ne veulent plus voir aucune marchandise dehors, alors que ce que nous avons étalé n’empiète même pas sur la voie », raconte Eugène Bleossi, revendeur dans le marché de Ouando. Le commerçant affirme que les agents sont intervenus sans la moindre sensibilisation préalable. « Le vendredi dernier, ils ont ramassé les marchandises sans nous avoir avertis. Nous payons pourtant 3 000 FCFA par mois pour nos magasins à la mairie. Nos présentoirs ont été enlevés. Nous avons vu des produits alimentaires, notamment des tomates, se renverser par terre. Ici, c’est notre marché. Le 16 juillet, ils sont venus nous terroriser », déplore-t-il.
Même indignation chez Dame Raïmath. La commerçante se souvient encore de la panique provoquée par cette intervention. « Nous étions dans le marché quand les policiers sont arrivés. Sans avertissement, ils ont commencé à tout ramasser. C’était la débandade dans nos rangs », témoigne-t-elle. Au-delà des pertes matérielles, les commerçants évoquent un climat de peur permanent. Ce jeudi 23 juillet, lors du passage de notre équipe, plusieurs agents de la Police républicaine étaient encore déployés dans le marché. Selon un vendeur ayant requis l’anonymat, leur simple présence suffit à décourager vendeurs et acheteurs. « Aujourd’hui encore, ils sont revenus. Ils ont stationné leur véhicule et ceux qui s’entêtent à installer leurs marchandises dehors se les font ramasser. Tous les dix mètres, il y a deux policiers. On dirait que ce sont eux qui veulent vendre. Les clients prennent peur en voyant un tel dispositif », confie-t-il.
Mévente, intimidation et avenir incertain
Cette tension survient dans un contexte déjà difficile pour les commerçants récemment installés dans le nouveau marché moderne. Si ces derniers échappent aux saisies, ils font face à un autre problème : l’absence de clientèle. « On vient juste d’être installés et, heureusement pour nous, nous sommes à l’intérieur. Mais la mévente s’est installée. Cela fait une semaine que je suis ici sans encaisser un seul franc », explique Dame Eunice, commerçante dans le marché moderne.
Pour beaucoup, ces opérations de maintien de l’ordre produisent aujourd’hui l’effet inverse de celui recherché. Les vendeurs hésitent à exposer leurs marchandises, les clients fréquentent moins le marché et l’activité économique tourne au ralenti. Dans le marché moderne, c’est pire pour les marchands qui sont en haut. Les commerçants interrogés ne contestent pas la nécessité de préserver l’ordre et la fluidité des voies publiques. Ils demandent toutefois que les autorités privilégient le dialogue, la sensibilisation et des mesures proportionnées avant toute opération de répression.
À Ouando, l’inquiétude est désormais palpable. Derrière les étals désertés et les boutiques silencieuses, des centaines de familles redoutent que cette situation ne compromette davantage leurs maigres revenus. Elles espèrent qu’une solution concertée sera rapidement trouvée afin que le marché retrouve son dynamisme, sans sacrifier la dignité de ceux qui en vivent.

ASG