Pensées pour assainir la commercialisation du carburant de contrebande, les mini-stations peinent encore à trouver leur place. Faible fréquentation, concurrence persistante du marché informel et prix jugés élevés : plusieurs semaines après leur mise en service, les premiers retours des exploitants et des consommateurs mettent en lumière les défis d’une réforme dont le succès reste loin d’être acquis.
La réalité est bien claire sur le terrain ! Les exploitants reconnaissent une activité encore timide, largement influencée par la présence persistante du « kpayo », dont la disparition annoncée tarde à se concrétiser. À Calavi Kpota, Léo Kakpo, agent de service dans une mini-station, constate une fréquentation en légère progression, sans pour autant parler d’engouement. « Les gens viennent progressivement », explique-t-il. Pour séduire une clientèle habituée aux vendeurs du bord de la route, les exploitants proposent la vente de très petites quantités de carburant. « Nous pouvons servir un client avec 100 ou 200 FCFA », précise-t-il.
Une souplesse qui facilite l’accès au produit, mais qui ne suffit pas encore à assurer une activité soutenue.Le même constat est dressé à Akassato. Robert Bossou affirme que l’affluence varie au rythme des difficultés d’approvisionnement des vendeurs informels. « Quand ils disposent de suffisamment de carburant, nous recevons peu de clients. En revanche, lorsqu’ils connaissent des ruptures, les consommateurs viennent davantage vers nous », confie-t-il. Cette dépendance met en évidence une réalité : les mini-stations évoluent encore dans l’ombre d’un marché informel qui continue de dicter ses règles.
À cette concurrence s’ajoute une autre difficulté de taille : le prix. À Calavi, Justin Assou, gérant d’une mini-station, estime que le tarif actuel constitue un frein à l’adhésion des consommateurs. « Beaucoup repartent dès qu’ils apprennent que le litre est vendu à 800 FCFA », regrette-t-il. Selon lui, un rapprochement des prix avec ceux pratiqués dans les stations-service conventionnelles permettrait d’améliorer la compétitivité des mini-stations.
Les consommateurs, eux aussi, affichent des positions divergentes. Hervé Agba considère que ces nouvelles installations répondent à un besoin réel, notamment dans les zones éloignées des stations-service. À ses yeux, leur adoption nécessitera simplement du temps.
Louis Houessou se montre en revanche beaucoup plus réservé. Il juge le prix de vente peu attractif, rappelant que le litre est proposé à 725 FCFA aussi bien dans les stations-service classiques que chez les vendeurs de « kpayo ». Il émet également des réserves sur la transparence des ventes de petites quantités, estimant que davantage de garanties sont nécessaires pour rassurer les consommateurs. Si la réforme traduit la volonté des autorités de mieux encadrer un secteur longtemps dominé par l’informel, sa réussite dépendra de sa capacité à répondre aux réalités économiques du terrain. Politique tarifaire, concurrence du « kpayo », confiance des consommateurs et accompagnement des exploitants constituent autant de défis à relever.
À défaut, les mini-stations pourraient avoir du mal à s’imposer comme la véritable alternative que le gouvernement entend promouvoir.
Alola BIAOU