Attirés par des promesses d’emplois bien rémunérés au Ghana, au Nigeria, au Togo, en Côte d’Ivoire et même au Nord du Bénin, des dizaines de jeunes Béninois tombent encore dans les filets du réseau QNET. Selon un récent bilan de l’Association des étudiants et stagiaires béninois au Ghana, bon nombres de compatriotes vivent encore dans des conditions extrêmement précaires, victimes d’un système qui les isole, les manipule psychologiquement et les pousse à recruter d’autres personnes. Malgré les nombreuses dénonciations, ce réseau continue de faire des ravages au sein de la jeunesse béninoise.
Les témoignages se ressemblent et traduisent le même scénario. Un proche, un ami ou une connaissance promet un emploi stable, un salaire attractif et un avenir meilleur au Ghana, au Nigeria, au Togo ou en Côte d’Ivoire. Pleins d’espoir, de jeunes Béninois quittent leur pays, parfois après avoir abandonné un emploi ou interrompu leurs études. Mais une fois arrivés à destination, ils découvrent une réalité tout autre.
En effet, selon une récente dénonciation de Faouziath Adeboukola, secrétaire générale de l’Association des étudiants et stagiaires béninois au Ghana, 33 jeunes Béninois sont piégés dans ce réseau. « Ils dorment à même le sol, n’arrivent pas à bien manger au quotidien et étaient amaigris lorsque nous les avons rencontrés », explique-t-elle. L’association a déjà organisé une mission de rapatriement, mais un seul compatriote a accepté de rentrer, les autres refusant de quitter le réseau. Pour les responsables de l’association, ce refus n’est pas anodin. Les victimes semblent subir une véritable emprise psychologique. « Il y a un travail psychologique qui a été fait à leur endroit, un lavage de cerveau », affirme James Sohoume, membre de l’association. Certains continuent de croire qu’ils réussiront bientôt, malgré les conditions de vie misérables qu’ils endurent.
Par ailleurs, les récits des rescapés illustrent parfaitement le mode opératoire de QNET. L’un d’eux raconte avoir quitté le Maroc après qu’un ami lui a promis un emploi bien rémunéré au Ghana. À son arrivée, il découvre qu’il ne s’agit pas d’un travail, mais d’un système de recrutement en chaîne. Un autre témoin explique avoir été convaincu par une amie connue de sa famille, qui lui assurait qu’il gagnerait beaucoup plus qu’au Port autonome de Cotonou. En arrivant, il découvre des dizaines de personnes dormant dans un salon, où se déroulaient prétendument des « formations ». Très vite, il comprend qu’il doit recruter au moins deux nouvelles personnes pour espérer récupérer son investissement. Lorsqu’il tente de fuir, il est contraint de se cacher dans le plafond de la maison avant de réussir à s’échapper.
Les témoignages de Prosper et d’Eunice montrent toutefois qu’il est possible d’éviter le piège ou d’en sortir. Prosper affirme avoir été victime l’année dernière avant d’être aidé par un ami pour quitter le Ghana. Eunice, quant à elle, a échappé au réseau grâce à un simple réflexe : vérifier l’existence de l’entreprise qui lui était présentée. Ne trouvant aucune trace de celle-ci, elle a renoncé à son départ. Présent au Ghana, au Nigeria, au Togo, en Côte d’Ivoire et même au Nord du Bénin, le réseau QNET continue d’exploiter les rêves de nombreux jeunes en quête d’une vie meilleure. Les fausses offres d’emploi, les promesses de revenus élevés et la manipulation psychologique constituent les principales armes de ce système.
Face à cette nouvelle alerte, les autorités, les familles et les organisations de jeunesse doivent redoubler de vigilance. Les jeunes doivent systématiquement vérifier toute offre d’emploi à l’étranger avant de s’engager. Car derrière les belles promesses se cachent parfois des réseaux qui brisent des vies. Il est plus que jamais urgent de mettre fin à ce fléau qui continue de faire des victimes au sein de la jeunesse béninoise.
ASG