Le 06 Avril 2016, le président sorti Boni Yayi, après ses 10 ans de pouvoir, a passé le témoin à son successeur, nouvellement élu, Patrice Talon. Ce dernier durant les campagnes électorales a promis rompre avec les pratiques de son prédécesseur pour instaurer, dit-il, la bonne gouvernance, renforcer la démocratie et améliorer les conditions de vie et de travail des béninois. Au bilan, il convient d’admettre que le président Patrice Talon a bel et bien tenu promesse. La rupture telle que promise a touché tous les secteurs d’activités obligent le peuple à serrer la ceinture au point d’en perdre le sourire qu’il avait avant 2016.
Le projet de société du candidat Patrice Talon intitulé « Le Nouveau Départ », visait une transformation structurelle du Bénin à travers une gouvernance rigoureuse et un développement économique durable. Axé sur le partenariat public-privé, il ambitionnait de relancer l’économie, de moderniser le pays via le numérique, d’améliorer les conditions de vie des béninois et de promouvoir la démocratie, la liberté et la bonne gouvernance. Quoique très peu bavard, le régime du président Patrice Talon s’est fait beaucoup parler de lui ces 10 dernières années. Ces réformes toujours contestées ont soumis le peuple béninois frustré et désabusé.
Sur le plan politique, ces années de pouvoir ont permis au régime de bouleverser les habitudes politiques et démocratiques connues et reconnues au Bénin qui, depuis 1990 a connu des alternances régulières et démocratiques au sommet de l’État. En 10 ans, aucune élection n’a été semblable à celles pacifiquement et démocratiquement organisées entre 1990 et 2016. En 2016, la présidentielle a enregistré 48 candidats dont Patrice Talon vainqueur au second tour face à Lionel Zinsou. Dix ans après, la présidentielle de 2026 ne compte que deux candidats Romuald Wadagni et Paul Hounkpè. Les réformes du système partisan et le cadre juridique instauré ont fait de l’exclusion une norme juridique qui a enterré le pluralisme politique et désossé les fondamentaux de la démocratie béninoise agonisante. Certificat de conformité, quitus fiscal, parrainage, seuil de 10 puis 20% pour être éligible à l’attribution des sièges etc. Ces mesures ont réduit en miette le vivre ensemble politique connu au Bénin transformant les moments de campagne électorales festives en des périodes de méfiance, de suspicion et de mépris pour les béninois. En 10 ans de gouvernance, l’Assemblée nationale du Bénin est pour la deuxième fois monocolore après la 8ème législature. L’opposition est exclue des élections et écartée de toutes les instances de prise de décisions jusqu’au niveau local. De 2016 à 2026, le Bénin a enregistré plus de prisonniers et d’exilés politiques que ce qu’il n’a pas connu en 26 ans (1990 à 2016). Deux fois de suite, la constitution béninoise a été retouchée après plusieurs tentatives ratées. En 2021, 45 jours avaient été ajoutés au mandat du président qui prenait normalement fin le 6 Avril. Conséquence, le président Patrice Talon aura fait 10 ans plus 45 jours au pouvoir contrairement à ce que prescrivait la constitution de 1990.
De toute évidence, le Bénin politique sous la rupture a été un échec cuisant de réformes taillées à la mesure de la mouvance présidentielle qui s’accroche aux affaires qu’elle gère sans partage depuis 2016.
Sur le plan social, c’est l’hécatombe. Le panier de la ménagère cesse pratiquement d’exister sous le poids des réformes qui alourdissent la fiscalité et rend la charté de la vie de plus en plus insupportable par les ménages. Le chômage accroit avec suppression des entreprises publiques et les licenciements de milliers de béninois sans alternative professionnelle. Dès janvier 2017, le gouvernement à travers l’opération dite de libération des espaces publics et des abords de voies, a plombé le commerce des bonnes dames sans oublier celles des marchés cassés. Les travailleurs orphelins de leurs portes voix qui sont les centrales syndicales voient leur pouvoir d’achat s’amenuiser sans pouvoir rien faire rendant précaire leur vie et celle de leurs familles. Tout le monde se plaint en silence et un peu plus fort sur les réseaux sociaux très surveillés. Même le social Guidjoo annoncé en 2021 par le président candidat à sa propre succession, n’a pas été au rendez-vous.
Dans le secteur éducatif, les enseignants sont les témoins vivants des réformes suicidaires du régime. En 10 ans, le gouvernement de la rupture a bâillonné le système éducatif qui forme de plus en plus pour le chômage. Les grèves sont interdites pour revendiquer quoique ce soit et la démocratie a été expulsée des universités qui n’élisent plus leurs dirigeants. La franchise universitaire a été violée plus d’une fois. Les taux de réussite dans les établissements notamment aux examens de fins d’années vacillent négativement. Les enseignements reclassés dans la catégorie fabriquée dénommée AME (Aspirants au Métiers d’Enseignant) attendant leur reversement en agents permanent de l‘Etat pour sortir de la précarité dans laquelle les réformes les ont plongés. Dans les écoles les infrastructures manquent cruellement et selon les bilans établis, aucune salle de classe n’a été construite dans les établissements publics durant les 10 ans de la rupture.
Dans le secteur de l’agriculture, les paysans ne vivent pas des fruits de leur labeur à cause des réformes du gouvernement qui réprime sans ménagement la commercialisation des produits agricoles notamment le Soja et le cajou.
Le délestage et les coupures répétées de l’énergie électrique continuent de traumatiser les béninois et pourrir le quotidien des entreprises publiques et privées. Mais les béninois déboursent plus qu’en 2016 pour avoir de la lumière.
En matière de diplomatie, le Bénin s’est isolé et entretient des plus confuses relations avec ses voisins. Sous la rupture, presque toutes les ambassades ont fermé leurs portes à l’extérieur. Les frontières du Nigéria avec le Bénin ainsi que celles du Niger sont restées fermées des années durant compliquant les échanges commerciaux entre ces pays voisins. Plus d’une fois, l’image du Bénin a été écorchée par les propos du Chef du l’État. C’est dans ces dix années de gouvernance que le Bénin a été qualifié de désert de compétence et de pays de pagaille.
Quelques points positifs
Dans sa gestion particulière des affaires du pays, le président Patrice Talon avec son gouvernement a mené des actions qu’il faut reconnait à juste titre. Le Bénin doit aujourd’hui les milliers de kilomètres de voies bitumées à la rupture même si la répartition géographique de ces infrastructures routières est équitable. La modernisation du pays via le numérique a connu une avancée notable. En dehors du terrorisme qui donne encore de l’insomnie aux béninois dans la zone septentrionale du pays, les béninois sont plus en sécurité qu’avant 2016 où les sacs s’arrachent en pleine circulation et les vols et/ou des tueries étaient monnaie courante. La cybercriminalité n’a pas pus prospérer grâce à la répression méthodique et musclée du gouvernement.
La GDIZ installée à Glo-Djigbé est une prouesse industrielle à l’actif du régime de la rupture.
Somme toute, les béninois ont vécu ces dix dernières années dans la prison des réformes du gouvernement qui veut et contrôle tout. Ils sont plus nombreux à broyer le noir contre une très infirme minorité muette mais aux beures.
Norbert Adjakoun