Alors que l’Église du Christianisme Céleste célèbre ses 79 ans, le Révérend Pasteur Noël Djossou, numéro 1 du Diocèse de la Constitution bleue, lève le voile sur les tensions persistantes qui secouent la famille de Papa OSHOFFA. Dans cet entretien sans langue de bois, il revient sur les raisons de sa démission du Comité de Suivi et de Médiation (CST), dénonce la marginalisation de son aile par la paroisse mère, et réaffirme son attachement indéfectible aux dogmes originels du prophète fondateur Oshoffa, tout en saluant l’implication de l’ancien président Patrice Talon comme facilitateur.
Révérend Pasteur Noël DJOSSOU, cela fait exactement 79 ans que l’Église a vu le jour. Qu’est-ce-que cela vous fait de vivre ce jour très important dans la vie d’un fidèle céleste?
29 septembre 1947-29 septembre 2026. Cela fait exactement 79 ans que l’Eglise du Christianisme Céleste est née. En ce jour anniversaire, nous devons avoir avant tout un sentiment de profonde gratitude envers l’Éternel Dieu des Armées. Vivre ce 79ème anniversaire est une grâce insigne, non seulement pour moi en tant que serviteur de l’Église, mais pour tout fidèle céleste à travers le monde. Cela me rappelle le chemin parcouru depuis la descente de cette Sainte Barque et sa révélation à notre Papa, le Prophète Fondateur Samuel Biléou Joseph Oshoffa. C’est un mélange de joie et d’humilité, mais aussi de grande responsabilité. Ces 79 ans témoignent de la fidélité de Dieu envers Son Église malgré les tempêtes. Aujourd’hui, mon cœur est rempli d’action de grâce, et cet anniversaire est pour nous tous un appel à raviver notre foi et à préserver ce précieux héritage spirituel. »
C’est bon de rappeler l’historique de cette institution avec vous. Où est-elle réellement née selon la Constitution bleue ?
L’Église du Christianisme Céleste n’a pas commencé à Porto-Novo. Après la Seconde Guerre mondiale, en 1947, le prophète fondateur a entendu la voix de Lului le 23 mai 1947. Selon l’article 16 de la Constitution bleue, il a passé trois mois dans le département de l’Atlantique, précisément dans la commune de Zè (à Agonguey Godro). Le repère historique incontestable est ce document que le prophète a mis quatre ans à écrire, véritable testament spirituel (comme le stipule l’épître aux Hébreux au chapitre 9). C’est à Godro qu’ont eu lieu les premiers faits marquants, consignés dans l’article 20. Malheureusement, la paroisse mère a cherché à imposer d’autres repères, modifiant l’histoire à travers de nouvelles publications et constitutions pour légitimer leur hégémonie. Le combat que je mène ne vise pas à fabriquer une vérité alternative, mais à rétablir la vérité stricte de la Constitution bleue, qui régit l’intégralité des cultes et des dogmes de notre Église.
Vous avez gardé longtemps le silence après votre passage au CST. Qu’est-ce qui s’est passé pour que vous vous en retiriez ?
Vous savez, le silence vaut mieux dans de telles circonstances. Le silence est aussi une arme forte.
Mon retrait du Comité de Suivi et de Médiation (CST) a été dicté par la voix de la conscience et de l’Esprit. Je ne pouvais siéger dans une structure où la parole n’est pas libre et qui cherche à nous soumettre à une tutelle unilatérale. Nous ne sommes ni des pagailleurs ni des voyous : nous sommes des enfants de Dieu à la recherche de la vérité de Papa Oshoffa. Je tiens à remercier le facilitateur, Son Excellence, l’ancien Président de la République du Bénin, le président Patrice Talon. C’est un homme inspiré par Dieu, à qui Dieu a beaucoup révélé pour accomplir de grandes choses. C’est un homme qui aime, assiste et accompagne. Bien qu’il ne soit pas céleste et appartienne à une autre congrégation, il a vu que nous manquions de repères et de père, et il a voulu intervenir pour jouer ce rôle auprès de nous. Un orphelin cherche toujours, il prie Dieu comme les Israéliens ont prié pour avoir Moïse. Le président Talon est donc le Moïse de notre temps. Il a pris le temps d’écouter les gens en sourdine avant de décider de régler publiquement la crise.
On a pourtant l’impression que le président Talon est arrivé trop tard pour régler une crise déjà trop envenimée.
C’est moi-même, par des publications dans la presse et des courriers adressés au Chef de l’État, qui l’ai appelé au secours. Dès 2018, nous lui avions écrit pour qu’il vienne au chevet de notre « Eglise malade », car notre Église souffrait tellement. La cause de cette maladie est connue : elle vient de ceux qui n’ont pas respecté le fondement et le testament prescrits le 29 mars 1980 par le Prophète fondateur.
Nous avons toujours dénoncé les dérives et rappelé que les dogmes de l’Église doivent être respectés. À la paroisse mère, tout a été modifié : création d’une nouvelle Constitution, de nouvelles lois, et la Constitution bleue de 1980 n’est plus respectée. C’est en novembre 2010, alors que j’étais conseiller spécial de l’ancien président de la Centrafrique, François BOZIZE qu’un rêve divin m’a révélé les lieux saints comme Godro. J’ai alors abandonné mon poste. En arrivant, nous avons commencé à dénoncer ces changements et l’altération de la liturgie originelle
Vous reprochez au facilitateur de rester trop proche des fidèles de la paroisse mère ?
C’est malheureusement le constat que nous faisons. Les responsables de la structure de médiation doivent cesser de pratiquer un double standard. Le Chef de l’État lui-même, en tant que facilitateur, se déplace pour aller à plusieurs reprises au domicile du Révérend de Porto-Novo. Il est tout le temps entouré des fidèles de la Paroisse mère.
Pourtant, dans un rôle de facilitation, on ne doit pas pencher d’un seul côté. Le Chef de l’État doit aussi aller à la rencontre de toutes les parties pour écouter la vérité. Nous, que l’on qualifie injustement de « rebelles », devons également avoir notre place aux côtés du facilitateur pour lui exposer de vive voix ce qui ne va pas.
Mais votre combat vous a coûté plusieurs batailles juridiques ?
Effectivement monsieur le journaliste. Des combats que nous avions gagnés sur toute la ligne. Nous avons été ligotés à Porto-Novo. Nous avons été trainés devant toutes les juridictions, à l’OCRC, devant la Cour constitutionnelle. Mais Dieu merci, nous avons gagné les procès. On nous a traités d’usurpateurs et de vauriens, et l’on a cherché à nous expulser. Nos collaborateurs ont été violentés, arrêtés et jetés au violon comme le PCA Kounoudji interpellé le 10 décembre 2022 ou le Chef de diocèse Papa Yakassou. Malgré nos victoires judiciaires, nous nous sentons aujourd’hui toujours marginalisés. Le diocèse de la Constitution bleue (Bénin, Togo, Ghana, Guinée Conakry, etc.) se voit exclu et ne fait pas partie des membres du CSMOE. Maintenant, nous sommes exclu du CSMOE et on nous invite dans le comité qui va organiser le pèlerinage.
Retenez que depuis le 26 juillet 2024, nous avons définitivement gagné le Révérend de Porto-Novo et l’Union de la Sainte Trinité ont été déboutés.
Les juges leur ont demandé où était la procuration de Papa AGBAOSSI. Ils n’en ont aucune ! S’il n’avait pas de procuration, comment aurait-il pu nommer un successeur ? C’est contraire à l’article 111 de la Constitution bleue. Notre combat pour revenir aux dogmes et dire non à la révision de ce texte est la source des tensions depuis une décennie.
Vous avez pourtant siégé au CST pour six mois, et son coordonnateur affirme que l’ambiance était bonne ?
Quelle ambiance ? La parole n’était pas libre comme les gens le disent. C’est le président Talon qui m’a appelé le dimanche 13 avril 2025, lorsque la paroisse mère a exigé que je me mette sous leur tutelle avant d’intégrer le CST. Après mon arrivée, on m’a exigé cette soumission préalable, ce qui aurait anéanti mon statut d’opposant. L’Esprit m’a guidé pour refuser. Je me suis retiré, et le chef de l’État m’a reçu pour m’écouter. J’ai accompli six mois de sacrifices au sein du CST sans jamais recevoir un seul centime pour mes déplacements. Le CST n’est, à mes yeux, qu’une émanation de la paroisse mère de Porto-Novo. Leurs responsables en sont issus, et l’on nous écarte systématiquement de la mise en œuvre des décisions, comme pour l’organisation du pèlerinage.
Croyez-vous en cette réconciliation entre les fidèles de l’Église du Christianisme Céleste ?
Bien sûr que nous croyons à la paix et à la réconciliation, car la paix n’est pas un vain mot, c’est un comportement. Mais une vraie réconciliation ne peut pas se faire dans l’exclusion, le mensonge ou le mépris des textes. Comment voulez-vous parler d’unification sincère si le diocèse de la Constitution bleue qui rassemble des milliers de fidèles au Bénin, au Togo, au Ghana, en Guinée, en Côte d’Ivoire et ailleurs est complètement marginalisé et réduit au rang de simple observateur ? On nous appelle à la dernière minute juste pour cautionner des décisions prises unilatéralement par les adeptes de la paroisse mère, sans nous associer à la mise en œuvre.
Le président Patrice Talon est venu de bonne foi comme un père pour panser les plaies de notre Église, et nous saluons son implication. Mais ceux qui entourent cette facilitation continuent de jouer la carte de la division et de la domination, en essayant d’étouffer la vérité.
Donc la réconciliation est possible ?
La réconciliation ne sera possible que le jour où l’on respectera les dogmes originels prescrits par le prophète fondateur, le jour où l’on posera la Constitution bleue comme seule boussole, et où toutes les composantes de l’Église seront traitées avec respect et équité. Tant que l’on continuera à piétiner l’histoire et à exclure les véritables défenseurs de la vérité, ce ne sera pas une réconciliation, ce sera une capitulation. Et ça, nous ne pouvons pas l’accepter, par fidélité à Dieu et à Papa Oshoffa. »
Un appel du Révérend Pasteur Noel DJOSSOU aux fidèles de l’Eglise du Christianisme Céleste par rapport à cette crise ?
Notre Église traverse aujourd’hui des moments cruciaux de son histoire. À l’aube de nos 79 ans d’existence, l’heure est venue de regarder en face les réalités qui divisent notre communauté et d’emprunter résolument le chemin de la vérité, de la justice et de la paix. Depuis trop longtemps, notre famille spirituelle souffre. Une maladie profonde ronge notre institution, et sa cause est connue de tous : l’abandon et le non-respect du testament et des fondements prescrits le 29 mars 1980 par notre Prophète fondateur, ainsi que de notre Constitution bleue. Modifier les lois, altérer la liturgie originelle et écarter les textes sacrés qui régissent notre foi ne mènent qu’à la dérive et à la division.
Je ne cesserai pas de saluer l’implication de notre facilitateur, Son Excellence l’ancien Président de la République, Monsieur Patrice Talon. En venant à notre chevet comme un père pour écouter les peines des orphelins que nous sommes, il a fait preuve d’une vision inspirée. Mais je le dis avec force et responsabilité : la paix ne peut se bâtir sur l’exclusion, le mépris et l’injustice.
Notre combat au sein du Diocèse de la Constitution bleue n’est pas un combat d’hommes, c’est un combat de principes. C’est la défense de notre héritage spirituel. Comment pouvons-nous parler d’unification sincère lorsque des milliers de fidèles à travers le Bénin, le Togo, le Ghana, la Guinée, la Côte d’Ivoire et le Nigéria se voient marginalisés, traités en observateurs, et exclus des instances de décision ? Comment accepter que ceux qui luttent pour le respect de la vérité soient réduits au silence ou traînés devant les tribunaux, alors même que la justice nous a donné raison ? Nous n’allons pas baisser les bras. La vérité finit toujours par triompher. Que le Dieu de Papa Oshoffa bénisse et guide l’Église du Christianisme Céleste vers sa véritable rédemption.