Chaque année, à la faveur des grandes vacances, des tournois de football animent les quartiers, villages et communes du Bénin. Au-delà de la convivialité et du divertissement qu’ils offrent, ces rendez-vous constituent de véritables espaces de révélation de jeunes talents. Malheureusement, ces compétitions restent encore largement sous-exploitées par le dispositif national de détection.
Contrairement aux tournois de vacances, les Championnats nationaux scolaires bénéficient aujourd’hui d’un dispositif de détection mieux structuré. En quelques années, ils se sont imposés comme un véritable vivier pour les sélections nationales de jeunes. En effet, des joueuses des Amazones U17 et U20 sont aujourd’hui issues des classes sportives mises en place dans le cadre de ce dispositif. Ce résultat montre qu’une politique de détection bien structurée peut produire des effets concrets.
Dans le même temps, les tournois de vacances continuent de révéler, chaque été, des centaines de jeunes footballeurs. Sur des terrains parfois modestes, ces compétitions offrent à de nombreux joueurs, souvent éloignés des centres de formation et des clubs structurés, l’occasion de démontrer leurs qualités techniques. Plusieurs footballeurs béninois passés par les championnats amateurs ont d’ailleurs commencé leur parcours dans ces rendez-vous des vacances.
Malgré ce potentiel, ces compétitions demeurent peu encadrées. Elles sont généralement organisées grâce aux initiatives d’associations, de promoteurs ou de passionnés de football. La présence d’observateurs techniques, de recruteurs ou de représentants des instances sportives y reste exceptionnelle. Résultat : certains talents passent parfois inaperçus, faute d’un mécanisme de suivi. Ces tournois constituent également un cadre d’occupation pour les jeunes et peuvent servir de tremplin à certains d’entre eux. « En tant que jeune footballeur, les tournois de vacances représentent beaucoup de choses pour moi, cela me permet de faire de nouvelles connaissances de connaître de nouvelles villes et le stade. En plus cela me permet de me divertir, tout en acquérant de nouvelles expériences », Explique, Djibril Abdoul -Madjid, un habitué du tournoi des vacances. Son témoignage illustre l’évolution de ces compétitions. Il déplore toutefois son cas malgré tant d’années qu’il participe à ce rendez-vous, il n’a connu un dénouement favorable « Concernant cela, je ne peux que parler de moi parce que tout le monde a son vécu plusieurs fois j’ai été repéré mais sans retour favorable c’est ce qui en train de me décourager. Sinon ma passion pour de vrai c’est le football ».Pour beaucoup comme lui, ils essaient de multiplier, participer et qu’un jour ils auront la chance de signer un contrat avec un club, si possible voyager en eu Europe.
Des organisateurs à la recherche d’opportunités…
Face à ces enjeux, certains promoteurs tentent de professionnaliser davantage leurs initiatives afin de renforcer la crédibilité de leurs compétitions et d’attirer l’attention des acteurs du football.« Nous essayons de donner un maximum de crédibilité au tournoi en mettant en place une organisation sérieuse, avec des équipes bien identifiées, un calendrier respecté et un encadrement adapté. Nous invitons également des responsables de clubs, des techniciens et des personnes qui connaissent le football afin qu’ils puissent observer les jeunes joueurs. Notre objectif n’est pas seulement d’organiser des matchs pendant les vacances, mais aussi de créer des opportunités pour les jeunes qui souhaitent progresser et se faire remarquer », explique Adjibola Hubert organisateur du tournoi des vacances.
Un appui aux promoteurs…!
Une telle démarche pourrait passer par une meilleure collaboration entre le ministère des Sports, la Fédération béninoise de football, les ligues départementales et les organisateurs des tournois. L’objectif ne serait pas de reprendre leur organisation, mais d’y assurer une présence technique afin d’identifier les meilleurs profils et de les orienter vers des structures de formation adaptées.
S’il le faut, le gouvernement pourrait davantage accompagner les promoteurs de tournois de vacances en facilitant les démarches administratives, en harmonisant les conditions d’obtention des autorisations et en mettant en place un dispositif de sécurisation adapté. Un appui matériel ou financier, notamment à travers les collectivités locales, pourrait également être envisagé pour alléger les charges qui pèsent sur les organisateurs.
Par ailleurs, puisque ces compétitions constituent à la fois des cadres d’occupation de la jeunesse et de révélation de talents, les pouvoirs publics pourraient créer des passerelles entre les jeunes repérés et les clubs ou centres de formation. L’objectif serait ainsi de mieux structurer ces initiatives sans se substituer aux promoteurs qui les portent.
À l’heure où le Bénin affiche des ambitions de plus en plus élevées sur la scène continentale, l’intégration des tournois de vacances dans la stratégie nationale de détection pourrait constituer un atout. Sans remettre en cause le rôle des Championnats scolaires, ces compétitions pourraient en devenir un complément. Elles permettraient d’élargir la base de recrutement et de donner leur chance à des jeunes qui ne fréquentent pas forcément les classes sportives.
Le développement du football béninois ne dépend pas uniquement des infrastructures ou des résultats des équipes nationales. Il repose aussi sur la capacité à repérer les talents là où ils naissent. Or, chaque période de vacances, les terrains de quartier deviennent le théâtre de révélations. Encore faut-il que ces performances ne s’arrêtent pas au coup de sifflet final, mais bénéficient d’un véritable suivi.
Alola BIAOU