La flambée du prix des bovins inquiète de plus en plus les bouchers et les consommateurs béninois. Selon des interventions rapportées par des acteurs de la filière, le prix d’un bœuf peut désormais atteindre 1 million de FCFA, sous l’effet notamment de la forte demande des acheteurs étrangers. Une situation qui fait craindre, à terme, une véritable pénurie sur le marché local.
Le bœuf à un million de FCFA. Il y a encore quelques années, une telle somme aurait semblé exceptionnelle pour un bovin destiné à l’abattage. Aujourd’hui, ce montant est évoqué par des acteurs de la boucherie comme une réalité qui traduit surtout la tension grandissante sur le marché. L’Association des bouchers du Bénin dit ne plus savoir à quel saint se vouer face à cette situation.
En effet, le problème ne serait pas uniquement lié à une hausse générale des prix. Il serait également alimenté par la concurrence des acheteurs venus de plusieurs pays de la sous-région. Côte d’Ivoire, Ghana, Liberia, Togo, Gabon et autres destinations sont cités parmi les marchés qui attireraient une partie du bétail disponible au Bénin. Avec des acheteurs capables de proposer des sommes importantes, les éleveurs ont naturellement intérêt à vendre au plus offrant. Mais cette logique commerciale produit un effet pervers : elle réduit progressivement l’offre destinée au marché intérieur. Les bouchers, eux, se retrouvent contraints d’acheter plus cher, avec le risque de répercuter cette hausse sur le consommateur. Et c’est là que le problème devient préoccupant. Si la tendance se poursuit, le Bénin pourrait se retrouver dans une situation paradoxale : pays producteur et pourtant confronté à une difficulté d’approvisionnement de son propre marché.
Le consommateur risque de payer l’addition
La viande de bœuf pourrait ainsi devenir progressivement un produit inaccessible à une partie des ménages. Lorsque le prix de l’animal augmente, ce sont nécessairement les coûts d’abattage, de commercialisation et finalement le prix au kilogramme qui suivent. L’appel des bouchers à l’État mérite donc d’être pris au sérieux. Il ne s’agit pas forcément de bloquer le commerce régional, mais de trouver un équilibre entre les intérêts des éleveurs, des commerçants, des bouchers et ceux des consommateurs.
Car une pénurie ne commence pas toujours avec des étals complètement vides. Elle peut commencer par une offre qui se raréfie, des prix qui explosent et des professionnels qui tirent la sonnette d’alarme. Le bœuf à un million de FCFA pourrait être le premier signal d’un problème plus profond : celui de la disponibilité de la viande sur le marché béninois. L’État gagnerait à agir avant que l’exception ne devienne la norme.
Gildas AHOGNI