Les violences et manifestations anti-immigrés qui se sont multipliées ces derniers mois en Afrique du Sud commencent à avoir des conséquences sur certaines entreprises. Alors que des dizaines de milliers de migrants ont quitté le pays, des employeurs affirment rencontrer des difficultés pour remplacer cette main-d’œuvre, notamment dans l’agriculture et l’industrie.
La sortie massive des ressortissants africains suite aux manifestations xénophobes, a affaibli la main-d’œuvre sud-africaine dans plusieurs secteurs d’activités. Selon Bennie Van Zyl, directeur général de TLU South Africa, cité dans un reportage de CGTN Français, le pays fait actuellement face à une pénurie de main-d’œuvre, particulièrement dans le secteur agricole. « À ce stade, de nombreux ouvriers agricoles ont quitté les exploitations agricoles. Ils doivent rentrer dans leurs pays. Et aujourd’hui, ces agriculteurs ne retrouvent plus de main-d’œuvre disposée ou qualifiée pour ce travail. Donc oui, nous avons bel et bien un problème », a-t-il martelé.
Dans l’industrie textile, notamment à Newcastle, dans le KwaZulu-Natal, certaines entreprises déclarent avoir perdu entre 12 % et 19 % de leurs effectifs après le départ de travailleurs migrants. Des postes restent vacants, alors que les employeurs disent avoir du mal à trouver des Sud-Africains prêts à accepter ces emplois peu rémunérés.
Le syndicat sud-africain conteste les faits
Cette analyse est toutefois contestée par Matthew Parks, coordinateur parlementaire du syndicat COSATU. Pour lui, l’Afrique du Sud fait surtout face à une pénurie d’emplois et non de travailleurs. Il souligne que le taux de chômage élargi atteint 43,7 % selon les données du premier trimestre 2026. « Nous sommes donc confrontés à une pénurie d’emploi. Nous ne partageons pas l’argument selon lequel nous souffrirons d’une pénurie de main-d’œuvre. Nous ne partageons pas non plus l’argument selon lequel les Sud-Africains ne veulent pas travailler. Ils veulent bel et bien travailler », soutient-il.
En faisant allusion au dernier argument, Matthew Parks fait référence aux employeurs qui ont exprimé leur ras-le-bol face à l’irresponsabilité de certains travailleurs sud-africains. Dans une vidéo relayée sur les réseaux, on voit Jacinta Ngobese-Zuma, la coordinatrice du mouvement anti-migrants « March and March », exhorter un chef d’entreprise à embaucher des nationaux plutôt que des étrangers.
De son côté, le chef d’entreprise lui faisait comprendre que l’irresponsabilité de certains travailleurs sud-africains, qui selon lui, s’absentent du travail sans motif, pousse les employeurs à recruter des étrangers, jugés plus sérieux et plus fiables que leurs collègues natifs.
Mais pour Matthew Parks, le problème est aussi lié aux conditions de travail. Il accuse certaines entreprises de privilégier les migrants parce qu’ils acceptent des salaires inférieurs au minimum légal et des conditions difficiles.
Le débat intervient alors que les départs de migrants prennent une ampleur considérable. Selon les données communiquées par les pays d’origine, plus de 115 000 Zimbabwéens et environ 56 000 Malawites sont rentrés d’Afrique du Sud depuis la fin mai. Le Nigeria, le Ghana, le Mozambique et le Lesotho ont également enregistré chacun plus d’un millier de retours. Une partie de ces personnes a été expulsée, mais la majorité est rentrée volontairement ou dans le cadre de programmes de rapatriement.
Ezéchiel Dagbégnon PADONOU