Le 30 juillet prochain, le Bénin ouvrira une nouvelle page de son histoire institutionnelle avec l’installation officielle du Sénat, la Haute chambre du Parlement prévue par la Constitution révisée. Avant même son installation, une question alimente déjà les débats : qui sera le premier président de cette Haute chambre ? Si les spéculations accordent une place de choix à l’ancien président Patrice Talon, ce dernier gagnerait pourtant à éviter un piège politique qui pourrait ternir son image et celle de cette nouvelle institution.
Dans quelques jours, l’opinion publique aura une idée sur celui qui présidera aux destinées du Sénat. Selon plusieurs indiscrétions, trois personnalités sont pressenties pour prendre la tête de cette institution parlementaire. Parmi elles figureraient notamment les deux derniers chefs d’État ayant dirigé le Bénin entre 2006 et 2026 en l’occurrence Boni Yayi et Patrice Talon. Une telle hypothèse suscite des débats, car le choix du premier président du Sénat sera déterminant pour la crédibilité de cette institution appelée à jouer un rôle important dans l’équilibre des pouvoirs notamment le contrôle de l’action du gouvernement, le vote des lois…
Pour Patrice Talon, accepter cette fonction pourrait être une erreur stratégique. En effet, après avoir quitté le pouvoir, le voir revenir immédiatement à la tête d’une autre grande institution de la République donnerait l’impression qu’il refuse véritablement de quitter la scène politique nationale et le pouvoir. Cette idée serait plus renforcée que Romuald Wadagni, son ancien ministre et dauphin politique, dirige aujourd’hui le pays. Si Patrice Talon devenait président du Sénat, beaucoup pourraient y voir la volonté de continuer à exercer une influence permanente sur la gouvernance de son successeur.
En politique, les pensées comptent souvent autant que les actes. L’autre interprétation est liée au fait que Patrice Talon est un ancien président désireux de conserver la main sur les grands dossiers nationaux à travers une institution de premier plan. Le Sénat, censé jouer un rôle de contrôle et d’équilibre institutionnel, risque d’être perçu comme une prolongation du pouvoir exercé hier par Patrice Talon. Une telle situation porterait également atteinte à la crédibilité même du Sénat qui sera vu comme une institution non autonome.
Dès lors, les hypothèses naîtront pour laisser voir que le Sénat a été créé par Patrice Talon pour lui offrir un point de chute politique après la présidence de la République. Une chose est sûre. Après plusieurs années marquées par de profondes tensions socio-politiques, un choix empreint d’humilité enverrait un signal fort. Patrice Talon sortirait grandi en laissant une autre personnalité conduire les premiers pas du Sénat.
Sinon, le choix de Boni Yayi, autre ancien chef de l’État, pourrait également contribuer à donner une image plus équilibrée de cette institution et à renforcer l’esprit de réconciliation que les populations souhaitent. En choisissant de rester en retrait, Patrice Talon renforcerait non seulement la crédibilité du Sénat, mais aussi sa propre stature d’ancien chef d’État capable de privilégier l’intérêt supérieur des institutions au détriment des intérêts personnels.
Alassane Touré