(Les monarchies du Golf pointés du doigt )
Pendant longtemps, on a subodoré que les seules visées impérialistes des puissances occidentales et leurs volontés à s’accaparer des ressources stratégiques de leurs colonies étaient les vraies causes du terrorisme dans le Sahel. Mais depuis quelques mois, une autre thèse, plus pertinente, apparaît. Elle explique subodorer l’inflation djihadiste par un endoctrinement islamiste de vieille date entretenu et financé depuis des lustres par des pétro-monarchies du Golf : l’Arabie Saoudite, le Qatar, le Kowéït …
Qui est derrière le terrorisme et qui le finance au Sahel et en Afrique ? A cette question, plus d’un africain répondra sans barguigner que ce sont les puissances occidentales en l’occurrence la France. Cette dernière, procéderait ainsi pour créer le chaos, déstabiliser les Etats afin de continuer à piller ses ressources pour alimenter son économie. De façon mécanique, cette thèse est répétée tel un chorus par une bonne frange de la jeunesse africaine nourrie par les discours enflammés des panafricanistes web 2.0 et autres souverainistes en mission par Moscou. Et qui, sans aucun recul, aucune information pertinente et sérieuse répète via les réseaux sociaux la litanie que lui a apprise ses maîtres.
Leurs diatribes anti-France ne vont pas plus loin que ces accusations courantes. Ces dernières ne résistent guère à la moindre confrontation. Pourquoi la France, pays de civilisation judéo-chrétienne financerait-elle des organisations qui prônent et défendent le panarabisme et la mondialisation islamiste et qui s’oppose à l’hégémonie occidentale ? Pourquoi en serait-elle une promotrice alors qu’elle en est victime ? Quelles ressources exploitait-elle ? Quelles ressources a-t-elle perdues ? Combien et quelles sont les armes françaises retrouvées chez les terroristes ? Comment arriverait-elle à envoyer des armes vers des territoires dans lesquels elle n’a plus aucun contrôle et où son principal rival la Russie a pion sur rue ? Comment arrive-t-elle à voler et convoyer toutes ses ressources minières au nez et à la barbe des dirigeants de ces pays et de la Russie ?
A chacune de ces questions, les réponses apparaissent superficielles, laconiques, impertinentes et totalement dénuées de logique et de rationalité.
Mais depuis quelques jours, une nouvelle explication commence à émerger et déconstruit celle en vogue depuis des lustres. Elle explique cette montée djihadiste par un processus d’endoctrinement de longue date porté et subventionné par des puissances islamistes déterminées à faire de l’Afrique la terre par prédilection de l’islam. C’est le cas du Président Ibrahim Traoré qui affirme qu’« on retrouve toujours un coran lorsqu’on détruit les camps des terroristes », insinuant ainsi que l’endoctrinement des fanatiques islamistes est la cause principale du terrorisme.
Dans l’une de ses déclarations, le capitaine Ibrahim Traoré, résume ce phénomène. Selon lui, de nombreux jeunes rejoignent les groupes armés parce qu’ils sont persuadés qu’ils accomplissent un devoir religieux. Selon lui, des prédicateurs radicaux présentent leurs adversaires comme des « mécréants » dont l’élimination ouvrirait les portes du paradis. Les chefs terroristes exploitent ainsi une lecture extrémiste de la religion à des fins essentiellement politiques.« C’est l’extrémisme qui amène ces gens à rejoindre ces mouvements. La réalité c’est quoi : vous ne pouvez pas détruire une base terroriste sans trouver de livre coranique », a-t-il martelé.
L’influence de certains réseaux religieux financés depuis plusieurs décennies par des acteurs privés ou institutionnels issus de certains pays du Golfe fait néanmoins l’objet de débats académiques. Au Mali, le journaliste malien Abdoul Niang dans une intervention sur You Tube, explique le drame de l’endoctrinement islamiste surtout au Mali et dans le Sahel.
A l’école de l’islam radical
L’ascension des principaux chefs djihadistes du Sahel témoigne du rôle central de la formation religieuse dans leur radicalisation. Iyad Ag Ghali, fondateur du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), a progressivement basculé d’une rébellion touarègue vers un discours salafiste après avoir séjourné en Arabie Saoudite et fréquenté des cercles religieux rigoristes, noué des contacts avec Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI). Son lieutenant, Amadou Koufa, imam peulh très respecté à l’origine s’est radicalisé après un séjour en Arabie Saoudite. Aujourd’hui, il est devenu l’un des principaux recruteurs djihadistes de la région.
D’autres figures, comme Abou Walid al-Sahraoui, ancien dirigeant de l’État islamique au Grand Sahara (EIGS), ou encore plusieurs émirs d’AQMI, ont suivi le même parcours de formations religieuses avant d’être intégrés dans les réseaux jihadistes transnationaux. Les experts soulignent que ces leaders se sont ensuite perfectionnés dans les camps d’entraînement d’AQMI en Algérie, dans le nord du Mali ou en Libye, où ils ont reçu des formations militaires, idéologiques et en propagande.
Selon plusieurs centres de recherche spécialisés, le véritable danger réside moins dans le lieu où ces chefs ont étudié que dans les réseaux transnationaux qui diffusent une interprétation extrémiste de l’islam et facilitent les contacts entre prédicateurs radicaux, recruteurs et groupes armés. Une fois revenus dans leurs pays, ces leaders reproduisent le même schéma d’endoctrinement auprès de milliers de jeunes, faisant de l’idéologie un puissant levier de recrutement.
Ces financements déguisés
Au-delà de l’idéologie, les groupes terroristes disposent de ressources financières considérables. Les rapports internationaux montrent que le JNIM et l’État islamique au Sahel tirent leurs revenus des enlèvements contre rançon, des taxes imposées aux populations, du trafic d’armes, de l’or, du bétail, de la contrebande et de diverses formes d’extorsion.
La question des rançons demeure particulièrement sensible. Plusieurs analystes, dont Wassim Nasr, ont rappelé que certains enlèvements d’otages étrangers se sont soldés par le versement de sommes considérables via des intermédiaires.
En 2025, la JNIM, affiliée à Al-Qaïda, a exigé et obtenu « au moins 50 millions dollars » et « l’équivalent de 20 millions dollars en munitions » pour la libération de trois otages selon les informations relayées par plusieurs médias internationaux. Parmi eux figurait Joumaa Ben Maktoum al-Maktoum, ancien général émirati, membre de la famille régnante de Dubaï. Lorsqu’elles sont effectivement versées, ces sommes permettent de renforcer les capacités opérationnelles des groupes armés en facilitant l’achat d’armes, de munitions et de moyens logistiques.