Au moins 30 personnes sont mortes depuis début mai dans le camp de déplacés de Kigonze, près de Bunia en Ituri. Un taux de mortalité « sans précédent » selon les responsables, avec des symptômes évoquant Ebola.
Le camp de 15 000 habitants devient l’épicentre des craintes alors que l’épidémie déclarée le 15 mai se propage dans l’est du pays. D’habitude, Kigonze enregistre 1 à 3 décès par mois. Cette fois, 10 enterrements ont eu lieu cette seule semaine. Tous les malades présentaient fièvre, maux de tête et vomissements, signes associés à Ebola. Les corps, recouverts de draps, incluaient une femme enceinte et des enfants, témoignent les équipes de Caritas.
Selon Desire Grodya Bapi, porte-parole du camp, le taux de mortalité a drastiquement augmenté dans le camp, une situation inhabituelle qui a fait tirer la sonnette d’alarme. L’origine exacte reste non confirmée car jusqu’à jeudi, familles et malades refusaient les tests sur vivants et morts. Des prélèvements ont finalement été faits sur 5 victimes, résultats attendus.
L’épidémie actuelle, due à la souche Bundibugyo, a déjà fait 232 morts et 896 cas dans 31 zones de santé selon les sources officielles. Mais Médecins sans frontières (MSF), clarifie que ce chiffre n’est qu’une partie visible de l’iceberg, vu qu’il existe plusieurs cas non recensés dans les zones contrôlées par les groupes rebelles. Kigonze fait craindre une circulation non détectée chez les 5 millions de déplacés de l’est. La méfiance envers les équipes médicales et l’insécurité compliquent le traçage des contacts.
Selon MSF, la surpopulation et l’assainissement défaillant aggravent le risque. Les financements pour eau et hygiène ont été divisés par deux en 2025. L’appel de 80 millions de dollars de l’ONU n’est financé qu’à 21%. L’OMS parle d’une « collision catastrophique » entre conflit et maladie. Sans confiance et sans moyens, Kigonze pourrait être le début d’une flambée incontrôlable.
Ezéchiel Dagbégnon PADONOU