Démocrate, chrétien pratiquant fervent, homme d’État, homme de parole, défenseur mordu des intérêts généraux du peuple béninois, patriote épris et défenseur de paix, Boni Yayi du haut de ses 73 ans révolus, fortement courtisé serait le maillon de la chaine dont le OUI ou le NON lèverait le suspens sur la publication de la liste des membres du Sénat instauré par la nouvelle constitution. Selon les indiscrétions, il aurait reçu des médiateurs qui tentent par tous les moyens de le convaincre à siéger au Sénat. Pourtant, l’ancien président de la République avait, depuis Novembre 2025 fait son choix ; celui de rester loin de cette machine de la rupture.
Le président Boni Yayi a été clair et catégorique le 3 Novembre 2025 dans sa déclaration sur l’instauration annoncée d’un Sénat dans la constitution béninoise. « La création du Sénat n’est ni opportun, ni légitime. Elle constitue une initiative anti-démocratique, contraire aux principes fondamentaux de la séparation des pouvoirs et au bon fonctionnement de nos institutions », avait-il déclaré. Boni Yayi est allé plus loin en martelant que la composition de cette institution soulève de sérieuses interrogations, tout comme ses attributions et sa fonction. Pour l’ancien président du parti Les démocrates, la création du Sénat est une dérive institutionnelle qu’il ne peut cautionner en y siégeant. « Je ne saurais en aucun cas faire partie de cette institution comme membre de droit ni cautionner un tel projet, dont le dessein véritable semble être de modifier la nature même de notre régime politique. Une telle dérive institutionnelle met en péril les acquis démocratiques chèrement obtenus par le peuple béninois au prix de tant de sacrifices », souligne Boni Yayi que d’aucuns tentent de convaincre afin qu’il ravale ses mots et violer ses principes d’homme de parole.
Pendant 10 ans, l’ancien président de la République a milité, travaillé et même bataillé pour le changement de la manière dont la rupture conduit les affaires de la République. Pour cet engagement aux côtés du peuple béninois malmené par une gouvernance exclusive, Boni Yayi a été enfermé chez lui pendant 52 jours et aurait même frôlé le pire. Président d’honneur du parti Les Démocrates, Boni Yayi a été obligé de prendre la tête de la plus grande formation politique de l’opposition en octobre 2023 pour mieux mener le combat contre la destruction de l’édifice démocratique du Bénin et pour le rétablissement du vivre ensemble enseveli dans les méandres de cette gouvernance par la ruse et la rage. D’octobre 2023 à mars 2026, Boni Yayi a parcouru monts et vallées pour mobiliser pacifiquement arguments politiques à l’appui, les béninois contre ce système de gouvernance qui emprisonne et affame la grande masse, mais enrichit une minorité qui piétine allègrement les principes les plus élémentaires de la démocratie et de la bonne gouvernance sociale du pays. s
Faire partie aujourd’hui des membres de ce Sénat serait pour le Président Boni Yayi une très sale manière de ravaler ses vomissures en piétinant ses propres valeurs d’homme de Dieu, homme d’Etat, défenseur de la démocratie et de l’Etat de droit et pire rompre avec la sagesse qu’il incarne depuis 2016 où très démocratiquement, il a passé le témoin tout en militant pour la préservation de la démocratie qu’il a laissée renforcée. Consentir tous ces sacrifices et revenir sur son propre choix reviendrait à trahir ses propres convictions et trahir le peuple à qui il a donné sa parole, à moins que cette volte-face fasse partie d’une stratégie visant à poursuivre le combat pour la démocratie, la paix, le vivre ensemble et la libération du pays, tel que mené depuis 2016.
Aussi, Boni Yayi en acceptant siéger au Sénat donnerait-il raison aux langues qui, au lendemain de sa démission de la tête du parti suivie du départ de son fils de cette formation politique, l’ont accusé de dealer avec la rupture.
Mais en quoi la présence de Boni Yayi peut-elle réellement bénéficier au Bénin et son peuple ? De toute évidence, en tant que simple membre de droit, Boni Yayi au Sénat n’aura aucun moyen d’influencer les décisions qui seront prises et éventuellement les réformes qui pourraient sortir des réflexions de l’institution. La seule position qui permettra au président Boni Yayi de véritablement travailler pour le retour de la démocratie, de la bonne gouvernance et de tout ce qui va avec, est la présidence du Sénat. Si dans les négociations il est clairement établi qu’il sera fait président de cette institution, Boni Yayi peut alors siéger pour mener les réformes nécessaires pour le développement du Bénin et pour l’épanouissement des béninois. Au cas contraire, mieux vaut pour lui de rester loin de cette institution en bon sage et de préserver son honneur.
Norsbert Adjakoun