L’attaque coordonnée menée les 25 et 26 avril 2026 au Mali marque un tournant majeur dans la crise sécuritaire du pays. Par son ampleur, sa simultanéité et ses cibles — Bamako, Kati, Gao ou encore Kidal —, elle illustre le problème d’insécurité qui s’installe durablement au cœur même de l’État malien.
L’offensive, revendiquée par le groupe jihadiste affilié à Al-Qaïda (JNIM) en collaboration avec des rebelles touaregs dont le Front de libération de l’azawad (FLA), constitue la plus grande attaque depuis 2012, selon plusieurs analystes. Elle a démontré la capacité des groupes armés à frapper simultanément des centres urbains et des symboles du pouvoir, y compris à proximité de la capitale.
Longtemps concentrée dans le nord et le centre du pays, la menace jihadiste s’étend désormais vers des zones stratégiques. Les attaques du week-end ont visé des infrastructures sensibles comme des bases militaires et l’aéroport de Bamako, confirmant une projection du terrorisme vers le cœur politique du pays.
Une montée en puissance des groupes jihadistes
L’un des éléments les plus préoccupants révélés par cette attaque est la capacité des groupes armés à nouer des alliances inédites. La coopération entre jihadistes et rebelles touaregs marque une évolution stratégique majeure, rendant les opérations plus complexes et plus efficaces.
Dans le même temps, les groupes comme JNIM ou l’État islamique au Sahel ont renforcé leurs capacités opérationnelles par l’utilisation de drones, attaques coordonnées, pénétration de zones urbaines. A cours de la récente attaque, plusieurs sources évoquent l’infiltration des assaillants parmi les FAMa. Ils auraient porté des tenues militaires maliennes pour réussir leur coup. Mais pour plusieurs, cette tactique révèle une grande faille du côté de la défense malienne.
Selon les analyses récentes, ces organisations exploitent systématiquement la faiblesse de l’État, les tensions communautaires et la pauvreté pour recruter et étendre leur influence.
Un affaiblissement de l’État malien face à une menace durable
Malgré la présence de partenaires étrangers notamment Africa Corps et le recours à des forces paramilitaires, l’État malien peine à contenir la menace. L’attaque d’avril 2026 met en évidence les limites des stratégies sécuritaires actuelles, notamment dans un contexte marqué par des transitions politiques et des coups d’État successifs.
Le terrorisme qui s’étend
La crise malienne dépasse désormais ses frontières. Le terrorisme sahélien s’étend vers les pays côtiers, y compris le Bénin, où les attaques jihadistes se multiplient depuis 2025.
Le Sahel est aujourd’hui considéré comme l’épicentre mondial du terrorisme, concentrant à lui seul plus de la moitié des décès liés au terrorisme dans le monde. Plus encore, 51 % des morts liées au terrorisme dans le monde ont été enregistrées dans cette région en 2024, selon les données du Global Terrorism Index. Même en si en 2025, les statistiques ont baissé, le Mali reste le pays qui enregistre plus de décès liés aux attaques terroristes dans le Sahel.
Cette diffusion confirme une tendance lourde. Le Sahel n’est plus seulement une zone de crise, mais un foyer d’instabilité qui reconfigure la sécurité de toute l’Afrique de l’Ouest.
Ezechiel Dagbégnon PADONOU