Invité de l’émission Grand Angle de ce dimanche 26 avril 2026, Jean-Baptiste Élias éclaire la polémique autour du Sénat béninois. Entre singularité structurelle et rôle institutionnel, il défend une lecture pédagogique d’une institution qui ne ressemble que très peu à ses équivalents ailleurs.
Le décret fixant l’ordre de préséance en République du Bénin continue de susciter débats et incompréhensions. Au cœur des interrogation, on retient la place du Sénat, désormais positionné devant l’Assemblée nationale. Pour Jean-Baptiste Élias, président du Front des organisations nationales contre la corruption (FONAC), cette controverse mérite avant tout d’être éclairée par une meilleure compréhension de l’institution.
En effet, revenant sur la réforme constitutionnelle de fin 2025, il rappelle que le Sénat est une nouveauté dans l’architecture institutionnelle béninoise, jusque-là dominée par une seule chambre parlementaire. Contrairement à l’Assemblée nationale dont les membres sont élus, le Sénat béninois se distingue par un mode de désignation sans suffrage direct. Une particularité qui alimente les critiques, mais que l’invité relativise. Selon lui, l’existence de chambres hautes n’est pas une anomalie en soi. De nombreux pays disposent de Sénats, parfois dotés d’un poids politique important. Toutefois, il insiste sur un point essentiel : le modèle béninois se démarque nettement. « Très peu de Sénats dans le monde fonctionnent sans base électorale directe », souligne-t-il en substance. Dans plusieurs pays africains comme l’Algérie ou le Cameroun, les sénateurs sont, au moins en partie, élus ou représentent des collectivités territoriales.
Au Bénin, la logique est différente. Jean-Baptiste Élias décrit le Sénat comme une « chambre de réflexion et d’expérience », davantage orientée vers l’expertise que vers la représentation populaire. Ce positionnement en fait une institution singulière, conçue pour apporter un regard complémentaire dans le processus législatif. Sur ses missions, il rappelle que le Sénat participe pleinement au pouvoir législatif. À l’instar d’autres chambres hautes, il est chargé d’examiner, d’amender et de voter les lois. Il joue ainsi un rôle de stabilisation et de régulation, hérité de la tradition sénatoriale issue de l’Antiquité romaine. Cette fonction de filtre vise à améliorer la qualité des textes adoptés.
Malgré les critiques, Jean-Baptiste Élias défend le droit du Bénin à façonner ses institutions selon ses propres choix. Pour lui, la spécificité du Sénat béninois ne doit pas être perçue uniquement comme une faiblesse, mais aussi comme une tentative d’adaptation aux réalités nationales. Reste que cette singularité continue de nourrir le débat public, notamment sur la légitimité et la place réelle de cette nouvelle institution dans l’équilibre des pouvoirs.
Gildas AHOGNI