Au Bénin, le secteur agricole reste un pilier de l’économie nationale, mais son évolution récente suscite des débats. Entre domination du coton, crise du soja et restrictions d’exportation, le bilan apparaît contrasté.
Le secteur agricole béninois, qui fait vivre une grande partie de la population et représente une part importante des exportations, demeure marqué par une forte dépendance à une culture dominante : le coton. Cette filière, véritable colonne vertébrale de l’économie, génère à elle seule une large part des recettes d’exportation du pays.
Depuis plusieurs années, les politiques publiques ont largement favorisé la production cotonnière, au point d’en faire le principal levier de croissance agricole. Premier produit d’exportation, le coton concentre les investissements, les intrants agricoles et les dispositifs d’accompagnement. Cette orientation stratégique s’inscrit dans une volonté d’industrialisation via la zone industrielle de Glo-Djigbé, notamment avec le développement du textile.
Cependant, cette priorité accordée au coton est souvent critiquée pour son effet d’éviction sur les autres cultures de rente comme l’anacarde, l’ananas ou le soja, pourtant essentielles à la diversification agricole. Cette dépendance expose également le pays aux fluctuations des prix internationaux.
La filière soja en difficulté
Autre pilier émergent, le soja traverse une période de turbulences. Malgré une production en hausse ces dernières années, la filière est fragilisée par des mesures restrictives. L’interdiction d’exportation du soja grain, entrée en vigueur en 2024, visait à stimuler la transformation locale et créer de la valeur ajoutée.
Mais sur le terrain, cette décision a fait coulé beaucoup d’encres et de salives a provoquant des tensions entre producteurs, commerçants et industriels. Si les prix d’achat ont été encadrés – autour de 275 FCFA/kg pour le soja conventionnel lors de la campagne 2024-2025 – de nombreux acteurs dénoncent une baisse de leurs marges et des difficultés d’écoulement.
Des restrictions d’exportation controversées
Au-delà du soja, les restrictions répétées – notamment 2021et 2024 – sur l’exportation de certaines denrées de première nécessité tels que le maïs, le mil ou le niébé, ont suscité de vives réactions. Ces mesures, justifiées par le gouvernement comme un moyen de renforcer l’industrie locale, ont profondément perturbé les circuits commerciaux.
Elles ont notamment entraîné des pertes pour les exportateurs et une incertitude persistante pour les producteurs, alimentant un débat national sur l’équilibre entre souveraineté économique et liberté de marché.
Au final, le bilan agricole du Bénin apparaît contrasté. Si la performance du coton confirme une certaine réussite économique, elle masque des fragilités structurelles. Entre crise du soja, frustrations des acteurs et politiques restrictives, le défi reste celui d’une agriculture plus diversifiée, inclusive et résiliente.
Ezéchiel Dagbégnon PADONOU