Au Bénin, les premiers pas du nouveau président de la République, Romuald Wadagni, semblent déjà donner le ton d’une gouvernance qui entend mettre davantage l’accent sur le bien-être des populations. Après une décennie marquée par des réformes profondes et parfois douloureuses, une question revient avec insistance dans l’opinion publique : les Béninois sont-ils enfin arrivés à l’heure de la récolte ?
Depuis son accession à la magistrature suprême, le nouveau locataire de la Marina affiche une volonté manifeste de contribuer à l’amélioration des conditions de vie des citoyens, notamment les plus vulnérables. Les premières décisions prises, tout comme les mesures sociales annoncées, laissent voir une orientation qui place l’humain au cœur de l’action publique. Une démarche qui contraste avec les années de rigueur économique et d’anti-social auxquelles les populations ont été appelées à consentir.
Pendant dix ans, l’ex-président de la République, Patrice Talon, a régulièrement invité les Béninois à faire preuve de patience. Les nombreuses réformes engagées étaient présentées comme les bases d’un développement durable, avec la promesse que les sacrifices consentis produiraient, à terme, des retombées positives pour tous. Aujourd’hui, beaucoup espèrent que cette phase de construction laissera progressivement place à celle de la récolte des fruits de la croissance. Les premiers discours de Romuald Wadagni vont dans ce sens.
Que ce soit dans son message d’investiture ou lors de ses différentes rencontres avec les ministres et les ministres-conseillers, le chef de l’État martèle le même credo : le Bénin d’abord et une attention particulière aux couches les plus vulnérables de la société. À travers ces prises de parole, il installe l’idée qu’une nouvelle étape s’ouvre, celle où la campagne électorale est close et les performances économiques doivent désormais se traduire par une amélioration concrète du quotidien des populations. Ce choix nourrit l’espoir d’un changement de donne. Là où son prédécesseur et mentor, Patrice Talon, avait principalement inscrit son action dans une logique de réformes structurelles, de modernisation de l’administration et d’assainissement des finances publiques, Romuald Wadagni fait du social le pilier central de sa gouvernance.
Sans renier les acquis des dix dernières années, il est déterminé à les mettre au service d’une politique davantage tournée vers la solidarité. Après dix années de serrage de ceinture, les populations aspirent légitimement à récolter ce qu’elles ont semé dans l’effort et la patience. Romuald Wadagni semble avoir compris cette aspiration profonde. Il lui reste désormais à démontrer que l’heure de la moisson a véritablement sonné. Toutefois, entre les intentions affichées et les réalités du terrain, les attentes des populations sont élevées. La vie chère, le chômage des jeunes, les difficultés d’accès à certains services sociaux de base et les inégalités persistantes constituent autant de préoccupations auxquelles le nouveau pouvoir devra apporter des réponses concrètes. Les mesures sociales annoncées devront donc s’inscrire dans la durée.
Mohamed Yèkini