Les différents classements de Reporters ans Frontières(RSF) ont, depuis, 2016, placé le Bénin dans les derniers parmi les pays respectant la liberté de presse en Afrique. Médias critiques fermés, journalistes emprisonnés, manne financière coupéa ;
.Le 17 janvier 2015, à l’hôtel Novotel, alors qu’il présentait son projet de société intitulé « Le Nouveau départ », Patrice Talon a lancé une formule qui exprime si bien ses intentions de rendre la presse plus indépendante. « Il faut mieux avoir une presse qui dérape et qui répond de ses dérapages, qu’une presse sous ordre ». Cette volonté exprimée urbi et orbi apparaissait comme une reconnaissance au 4è pouvoir – dont le rôle a été déterminant dans son ascension politique et la défense de ses intérêts au temps fort du différend entre lui et le président Yayi- apparaissait comme une profession de foi mais aussi une prise d’engagement pour la préservation de la liberté de presse. Engagement auquel Patrice Talon n’aura hélas jamais tenu.
Etat de lieux
Depuis 2016, le gouvernement de la rupture a posé une série d’actes attentatoires à la démocratie et à la liberté de presse. On peut citer entre autres : la loi N° 2017-020 portant Code du Numérique en République du Bénin, la suppression des contrats de communication, les arrestations tous azimuts de journalistes par la police et la CRIET. Le 19 décembre 2019, Ignace Sossou avait été interpellé à son domicile par des éléments de l’Office central de répression de la cybercriminalité(OCRC) du commissaire Zola. C’est aussi le cas de Casimir Kpédjo, Directeur de publication du journal« Nouvelle Economie » a été interpellé le 18 Avril 2019 par cinq éléments de la police qui font irruption à son domicile aux environs de sept (07) heures. Il lui est reproché d’avoir diffusé par le biais des médias sociaux( page Facebook de son journal et d’autres), « des informations qualifiées de fausses » contre l’économie béninoise dans les parutions numéro 126 et 127 de son organe. Aristide Hounkpêvi a vécu une situation similaire et presque identique. Directeur du journal Le Figaro, il est arrêté le 03 janvier 2020 à son domicile à Lokossa par un contingent de la police après une plainte du ministre des affaires étrangères pour « harcèlement par le biais de moyens de communication électronique ». Le 18 novembre 2021, la même infraction de harcèlement par le biais de moyen de communication électronique conduit deux autres journalistes en prison. Il s’agit de Hervé Alladé et de Patrice Gbaguidi, Directeur et rédacteur en chef du journal Le Soleil Bénin Info. Le mardi 07 décembre 2021, les deux prévenus ont écopé de 6 mois prison avec sursis et de 500 mille francs CFA d’amende. Le 25 août 2021, ledit journal a écrit un article dans lequel le colonel des douanes Marcellin Laourou s’est senti diffamé et a porté plainte pour « harcèlement par le biais de communication électronique ».
Le 13 janvier 2023, le journaliste Maxime Lissanon a été arrêté pour « incitation à la rébellion ». Le 8 janvier, jour des élections législatives, il a publié sur sa page facebook, une information qui a suscité le tollé sur facebook. « Les représentants du parti Les Démocrates refusés d’accès dans les bureaux de vote à Abomey. On leur reproche la non authentification de leur mandat, alibis pour leur faire perdre du temps. A suivre », avait posté le journaliste. Après le délibéré, le journaliste a été condamné ….
Dans un rapport publié en 2020, Amnesty International fait état de ce que « Au moins 17 journalistes, blogueurs et opposants ont été poursuivis en moins de deux ans en vertu d’une loi en vigueur dont certaines dispositions répressives mettent en péril la liberté d’expression et la liberté des médias au Bénin ». L’organisation appelle les autorités à réformer la loi N° 2017-20 du 20 avril 2018 portant Code du numérique dont certains des articles criminalisent la publication de fausses informations et les délits de presse en ligne.
Médias en sursis
Le 28 novembre 2016, à travers sept différentes décisions, la HAAC suspend les chaînes de télévision Soleil Fm, E-Télé, Eden Tv, Sikka TV, la Chrétienne TV, Unafrica TV et La Béninoise TV. L’institution de régulation reproche aux quatre derniers médias d’exercer en toute illégalité et aux trois premiers de violer les dispositions des cahiers de charge. Ils ont été d’ailleurs autorisés à reprendre du service en janvier 2017. Quant à Sikka Tv, elle a dû batailler en justice avant d’être autorisée à reprendre ses émissions en mai 2017.
Soleil Fm fermera définitivement ses portes en décembre 2019 pour non renouvèlement de sa licence par la HAAC. Le 23 mai 2018, le quotidien La Nouvelle Tribune a été suspendu pour « outrage au chef de l’Etat » et ne reviendra dans les kiosques qu’en juillet 2022 après une longue bataille juridique . En août 2023, le groupe presse la Gazette du Golf a été suspendu par la HAAC pour violation de la loi organique de la HAAC, du Code de l’Information et de la Communication et du Code de déontologie de la presse béninoise.
Le 21 janvier 2025, cinq médias ont été suspendus par la HAAC. Il s’agit des quotidiens l’Audace Infos et Le Patriote respectivement pour fautes professionnelles récurrentes et diffusion d’allégation mensongère.. Le même jour, Crystal News, Reporters Média Monde et les Pharaons ont été suspendus pour absence d’existence légale. Le 11 mars 2025, Beninweb tv a été également suspendu pour diffusion de fausses informations.
Au total, depuis 2016, seize médias ont été suspendus par la HAAC. Sur les seize, cinq médias ont été autorisés à reprendre.
1-La Chrétienne TV en 2016
2-La Béninoise TV en 2016
3-UNAFRICA TV en 2016
4-Eden TV en 2016(rouverte après négociation et engagement tacite de soutien au gouvernement)
5-E-Télé en 2016(rouverte après négociation et engagement tacite de soutien au gouvernement)
6-Sikka TV[1] en 2016
7-Soleil Fm en 2016
8-La Nouvelle Tribune[2] en 2018(rouverte par la HAAC en 2021 après avoir gagné son procès à la Cour Suprême)
9-Le groupe de presse la Gazette du Golf[3]
10-Crystal News en 2025
11- Pharaons en 2025
12-Reporters Bénin Monde en 2025
13-Madame Actu en 2025
14-Audace Infos en 2025
15-Le Patriote en 2025
16-Bénin Web Tv en 2025
Conclusion
Contrairement au vœu pieu exprimé par Patrice Talon sur la liberté de presse avant sa prise de pouvoir, la liberté de presse a été le premier pilier de la démocratie détruit par son régime. Après avoir sevré les médias de rente, le gouvernement l’a bâillonné par le Code du numérique et renforcer l’intimidation des médias par un arsenal juridique très martial composé de l’OCRC, la CRIETet la HAAC. Autant d’institutions qui ne devraient pas normalement, au regard des dispositions du Code de l’Information et de la Communication applicable au secteur des médias, intervenir dans la répression des fautes et erreurs professionnelles dans les médias.
[1] Sikka TV était une télévision satellitaire dont le siège est à Paris n’avait aucune convention avec la HAAC. Elle a réussi à contourner cette décision et a continué à émettre jusqu’en septembre 2021 après avoir gagné en mai 2017 un procès pour « fermeture abusive » contre la HAAC. Sikka TV et Soleil Fm appartenaient à l’homme d’affaires et homme politique Sébastien Ajavon, 3è à l’issue de l’ élection présidentielle de mars 2016, « détruit du pays économiquement et politiquement » du pays, actuellement en exil en France.
[2] En décembre 2011, Nouvelle Tribune a été suspendue pour 3 semaines par la HAAC. Les quotidiens Le Matin, L’Evènement Précis, La Suite, Le Devoir ont été suspendus pour 2 semaines. La radio Capp Fm a été suspendue pour un mois en 2009. L’émission « Bonjour Citoyen » sur l’ORTB, la télévision publique a été aussi suspendue définitivement en 2012.
[3] Le groupe de presse “La Gazette du Golf” comprend trois médias qui sont: La Gazette du Golf(journal), Golf Fm(radio) et Golf TV