Depuis le début de l’ère Yayi, le Bénin cherche désespérément de donner un toit à sa Représentation Nationale. Les dix ans de Patrice Talon n’auront guère amélioré les choses. Vingt ans après, on semble aller de l’avant mais l’Assemblé Nationale est encore loin d’avoir un siège.
Bientôt 20 ans que le Bénin tente de doter son Assemblée Nationale d’un nouveau siège. Sous le régime du docteur Boni Yayi, la représentation nationale a vu dans son rêve un nouveau local qui ne sera jamais construit et le même rêve est revenu sous le président Patrice Talon qui, durant ses deux mandats n’a pu tenir cette promesse non tenue sous son prédécesseur. Son successeur, actuel locataire du Palais de la Marina, Romuald Wadagni hérite d’un chantier qui fait déjà couler assez d’encre et de salive. Quand le parlement béninois aura-t-il son propre et nouveau siège et pourquoi le projet est si difficile à réaliser ?
La représentation nationale du Bénin ne dispose pas d’un siège qui lui est propre. L’actuel Palais des Gouverneurs qu’elle occupe à Porto Novo est un bâtiment colonial construit sous l’administration française vers la fin du 19ème siècle et au début 20ème siècle. Il a servi de siège au gouvernement colonial avant que l’Assemblée Nationale béninoise ne l’occupe depuis l’indépendance à nos jours. Déjà plus de 100 ans ou plus précisément depuis l’indépendance donc que l’institution parlementaire béninoise est locataire sans pouvoir construire sa propre maison malgré les gouvernements qui se sont succédé avec chacun sa vision et son projet pour les députés. De 60 députés en 1959, le Bénin compte aujourd’hui 109 députés logés dans le même bâtiment vieux de plus de 100 ans. Le bâtiment a connu des aménagements et des rénovations mais reste un patrimoine hérité de la colonisation. Et malgré les volontés manifestées, Porto Novo semble refuser ou résiste d’abriter le siège du parlement qui se contente pour l’instant de son héritage colonial.
Sous Boni Yayi, le projet avait pratiquement pris corps avant que le chantier ne soit arrêté. En raison de graves malfaçons, les bâtiments érigés au bord de la lagune à l’entrée de la ville capitale ont été qualifiés de << Musée >> de la corruption et démolis en 2023 par le régime Talon. Mais avant, plus de 13 Milliards de Francs Cfa ont été déjà engloutis dans cette première tentative de construire le nouveau ou du moins le premier siège de l’Assemblée Nationale.
Le 1er Avril 2021, le régime défunt, dit de la rupture, a lancé les travaux de construction du siège de l’Assemblée Nationale, toujours à Porto Novo mais cette fois loin de la lagune mais très proche de l’héritage colonial qui sert encore de lieu de travail aux députés. D’un coût total initial de 25 milliards de Francs Cfa, le joyau qui se dresse sur le domaine de l’ex-Gendarmerie à proximité du parlement, a connu beaucoup d’avancées surtout dans son coût qui dépasserait les 78 milliards de Francs après plusieurs avenants signés et résignés. Une situation que l’opposition béninois notamment le parti Les Démocrates avait dénoncé au point de faire sortir le Ministre Conseiller Jacques Ayadji de son silence, en son temps. Les 78 milliards avancés par l’opposition selon Ayadji, correspondraient au coût prévisionnel du projet et non au montant effectivement dépensé. Une chose est sûre, le chantier qui devrait être livré en Septembre 2026 ne le sera qu’à la fin de l’année 2026 selon les dernières prévisions.
Tel un mirage, la construction du siège de l’Assemblée Nationale du Benin s’éloigne au moment même où les députés salivent tel le chien de Pavlov avec grand espoir d’être ceux-là qui auront été les premiers à occuper le premier siège construit du parlement.
Aujourd’hui, tout porte à croire qu’une malédiction frappe ce haut lieu de la politique qui peine à avoir son propre siège depuis plus d’un siècle ou au bas mot, depuis le 2 Avril 1959 où s’installait l’Assemblée législative du Dahomey présidée par Justin Ahomadégbé.
De 1990 à 2026, le parlement béninois a compté 10 législatives qui ont toutes rêvé participer aux travaux en plénière dans le nouveau bâtiment. Mais cette malédiction semble être entretenue par la mauvaise gouvernance des gouvernements successifs qui par manque de prévision, d’anticipation ou simplement par mauvaise gouvernance n’ont pas pu répondre à cette obligation de satisfaire ce besoin important de la représentation nationale. Pourvu que le projet de 78 milliards de Francs Cfa ne devienne lui aussi un géant éléphant blanc au cœur de la ville capitale, un autre musée bon pour être démoli.
Norbert Adjakoun