À Manigri, dans la commune de Bassila, une intervention de la police républicaine a viré au drame, causant la mort de trois citoyens et faisant plusieurs blessés graves. À l’origine, un simple cas de vol présumé d’anacardes qui a dégénéré en une tragédie aux allures de bavure policière, suscitant colère et indignation au sein des populations.
Les faits se sont déroulés à Manigri, une localité de la commune de Bassila, où une affaire de vol présumé d’anacardes a déclenché une série d’événements tragiques. Très tôt dans la matinée, un éleveur peulh a été surpris dans un champ en train de cueillir des anacardes. Pris sur le fait par le propriétaire du champ, l’individu a sorti un coupe-coupe et a menacé ce dernier.
Alertés, les proches de l’agriculteur, présents dans des champs voisins, sont intervenus pour maîtriser le suspect. Celui-ci a ensuite été conduit au commissariat de l’arrondissement de Manigri. Mais contre toute attente, les policiers ont dénoncé les sévices infligés au présumé voleur et ont décidé de placer en garde à vue deux jeunes, fils du propriétaire du champ, accusés de maltraitance. Malgré l’intervention du chef d’arrondissement de Manigri pour obtenir leur libération, la police a exigé une médiation entre les familles. Les parents des jeunes se sont alors rendus chez ceux du peulh pour tenter une conciliation, mais le père de ce dernier a refusé toute négociation. Dans la foulée, la police a maintenu les deux jeunes en détention tout en libérant le présumé voleur, une décision qui a profondément choqué la population.
Face à ce qu’elle considère comme une injustice, la population de Manigri s’est mobilisée et s’est rendue au commissariat pour exiger la libération des jeunes. La tension est rapidement montée. Selon plusieurs témoignages concordants, l’électricité a été coupée aux abords du commissariat, plongeant les lieux dans l’obscurité. C’est dans ce contexte que les tirs ont éclaté. Le major du commissariat a ouvert le feu sur la foule, suivi du commissaire adjoint. Les policiers ont tiré à balles réelles sur des citoyens non armés. Le bilan est lourd : trois morts et plusieurs blessés graves.
Parmi les victimes figure Houndonougbo Carine, tuée sur le coup après avoir reçu une balle dans le cou. Oguele Tajou Dine, atteint au ventre, a agonisé pendant plusieurs heures sans assistance. Malgré ses appels à l’aide, il n’a été évacué qu’après l’intervention du premier adjoint au maire de Bassila, alerté dans la nuit. Transporté successivement à l’hôpital de Bassila, puis à Djougou et enfin à Parakou, il a succombé à ses blessures aux environs de 18h50.
Sidi Amidou, quant à lui, a été abattu alors qu’il filmait la scène. Des témoins affirment qu’il documentait des actes de dégradation commis par des policiers eux-mêmes sur les infrastructures du commissariat, dans le but de faire porter la responsabilité à la population.
Ce drame relance avec acuité la question des bavures policières et de la gestion des conflits entre agriculteurs et éleveurs. Il met également en lumière des pratiques préoccupantes au sein de certains éléments des forces de l’ordre.
La rédaction du journal Le Patriote a tenté de joindre le Chef de la cellule de communication de la police républicaine afin d’obtenir la version officielle des faits. Jusqu’à la publication de cet article, aucune suite n’a été donnée à ces sollicitations.
Une enquête est vivement attendue pour situer les responsabilités dans cette affaire qui continue de susciter une vive émotion à Manigri et au-delà.
La rédaction