À quelques semaines de l’élection présidentielle du 12 avril 2026, la candidature du duo formé par Romuald Wadagni et Mariam Chabi Talata bénéficie d’une effervescence particulière sur le terrain. Dans les villes, les villages, les quartiers et même dans les contrées les plus reculées du pays, des associations et mouvements de soutien émergent au quotidien. À peine un jour se lève-t-il sans qu’un nouveau creuset ne soit porté sur les fonts baptismaux, avec le même objectif affiché : mobiliser pour une victoire éclatante du duo et œuvrer à un fort taux de participation au scrutin présidentiel
Cette armada de soutiens, qui s’apparente à une véritable campagne parallèle, intrigue autant qu’elle interroge. Banderoles, affiches, séances d’échanges et campagnes de sensibilisation, autant d’activités qui nécessitent des moyens financiers conséquents. La question qui taraude tous les esprits est donc simple et évidente. Qui finance ces mouvements qui, pour la plupart, ne disposent ni d’existence juridique clairement établie ni de statut politique reconnu pour ces initiatives ? En République du Bénin, l’animation de la vie politique est strictement encadrée. La Charte des partis politiques prévoit que seuls les partis régulièrement enregistrés et remplissant les conditions légales peuvent mener des activités politiques. En principe, la création anarchique de mouvements et associations à caractère politique en période électorale devrait être contenue par les dispositifs institutionnels mis en place ces dernières années. Pourtant, le phénomène perdure et prend même de l’ampleur. Des structures aux dénominations variées, parfois éphémères, se réclament d’un soutien indéfectible au duo Wadagni–Talata. Officiellement, il s’agit d’initiatives citoyennes spontanées. Officieusement, nombre d’observateurs estiment qu’il serait maladroit de croire à une mobilisation entièrement autofinancée par des sympathisants ordinaires. À cette allure, certains en viennent à penser que des acteurs politiques, notamment des responsables de partis acquis à la mouvance présidentielle, pourraient être les véritables bailleurs de ces associations.
Une hypothèse d’autant plus évoquée que la dynamique veut s’inscrire dans la continuité du système politique en place. Si tel est le cas, la question du respect des règles de financement de la vie politique se pose avec insistance. Le risque est grand de voir se développer des circuits parallèles de financement, échappant à tout contrôle formel. Au-delà du débat institutionnel, un autre enjeu se profile ; celui de la sincérité des intentions. Beaucoup redoutent que ces soutiens « tous azimuts » ne soient motivés moins par une conviction idéologique que par l’espoir d’un positionnement stratégique en cas de victoire.
Se faire remarquer aujourd’hui pour espérer une reconnaissance ou un remerciement politique demain vue que la tentation est forte dans un contexte où l’accès aux instances de prise de décisions demeure un levier d’influence considérable. Il devient donc urgent que les autorités compétentes recadrent ces initiatives et rappellent les dispositions légales en vigueur. La vitalité démocratique ne saurait se confondre avec l’anarchie organisationnelle. Soutenir un candidat est un droit, mais l’exercice de ce droit doit s’inscrire dans un cadre transparent, équitable et conforme aux lois de la République.
Mohamed Yèkini