À peine installés à la tête des communes, les nouveaux maires du parti Union progressiste le Renouveau (Upr) se retrouvent déjà coincés. En cause, une note circulaire émanant de leur formation politique leur demandant de surseoir, avec effet immédiat, à toute initiative relative à la désignation des membres de leurs cabinets, et ce jusqu’à nouvel ordre. Une décision qui remet en lumière l’épineuse question de l’autonomie des maires après la sélection des Secrétaires exécutifs.
Les maires issus du parti Union progressiste le Renouveau et nouvellement élus ne sont pas habiletés à mettre en place leurs cabinets pour l’heure. Et pour cause. Selon une correspondance interne, ils sont instruits à suspendre les nominations. Selon la même source, cette décision vise à « garantir la cohérence politique, l’harmonisation des pratiques administratives et le respect des orientations stratégiques en matière de gouvernance locale ». Des arguments qui, à première vue, semblent relever d’une volonté d’organisation, mais à y regarder de plus près, interrogent sur la marge de manœuvre réelle laissée aux édiles communaux.
La note précise que des directives tenant compte des exigences légales ainsi que des équilibres politiques et territoriaux seront communiquées par les instances compétentes du parti. En clair, les maires devront attendre l’aval et, probablement, une liste plus ou moins balisée de profils à promouvoir. Cette centralisation des décisions laisse transparaître une réalité : le libre choix des collaborateurs par les maires semble désormais compromis. Or, la constitution d’un cabinet est un acte éminemment stratégique et volontier. Il détermine la capacité du maire à mettre en œuvre son projet communal, à imprimer son style de gouvernance et à assumer pleinement la responsabilité politique de son mandat. En suspendant les nominations au nom de la « cohérence politique » et des « équilibres territoriaux », le parti donne des indices sur les critères dont on tiendra compte.
Il ne s’agira plus seulement de compétence, de confiance personnelle ou de complémentarité technique, mais surtout d’alignement politique. Le risque est alors évident : celui de nominations parrainées, fondées sur les accointances avec certains responsables ou leaders du parti. Dans un tel schéma, les cabinets municipaux pourraient devenir des espaces de récompense ou de remerciement politique plutôt que des équipes de travail au service exclusif du développement local. Cette perspective nourrit déjà des interrogations dans l’opinion. Car si les maires sont comptables de leur gestion devant les populations, comment pourront-ils pleinement assumer leurs responsabilités si leurs plus proches collaborateurs leur sont en quelque sorte « suggérés » ou imposés ?
Une logique partisane assumée
Il faut toutefois reconnaître que cette décision ne devrait guère surprendre les observateurs avertis de la vie politique béninoise. Les maires issus de l’Union progressiste le Renouveau ont été désignés à ces fonctions à travers un système où les partis politiques jouent un rôle déterminant dans la désignation des exécutifs communaux. Dès lors, il était prévisible que la logique partisane s’étende à la composition des cabinets. Le parti, présidé par Joseph Djogbénou, semble ainsi vouloir garder la main sur l’ensemble de la chaîne exécutive communale. Une manière de consolider son emprise politique sur les communes, d’avoir un œil sur tous les acteurs, mais aussi de s’assurer que les orientations seront fidèlement respectées à l’échelle territoriale.
Après la mise en place des secrétaires exécutifs dans les communes déjà perçue par certains comme une réduction des prérogatives des maires, cette nouvelle décision apparaît comme une couche supplémentaire dans la l’affaiblissement du pouvoir local. Le maire, pourtant choisi pour incarner pour contribuer au développement de sa commune, voit son autonomie se réduire progressivement. Une chose est évidente. À vouloir trop verrouiller la gouvernance locale au nom de la discipline partisane, le risque est grand de transformer les exécutifs communaux en simples relais politiques, au détriment de la compétence, de la responsabilité et de la proximité avec les citoyens.
Mohamed Yèkini