Dans la commune de Sèmè-Podji située à proximité de la frontière du Nigéria, le phénomène d’intermédiation ou de « klébétisme » continue de résister sur le terrain malgré les multiples mesures prises par les autorités béninoises pour assainir les opérations de contrôle douanier. Officiellement interdit, l’emploi des civils communément appelés « klébés » dans les contrôles douaniers demeure une réalité bien ancrée dans plusieurs localités du pays. À Sèmè-Podji, notamment au carrefour Ekpè, la pratique persiste au vu et au su de tous.
Sur cet axe stratégique du corridor Abidjan-Lagos, les civils qui se considèrent comme des agents de l’administration douanière continuent de dicter leur loi. Ce sont eux qui, dans bien des cas, procèdent aux fouilles des véhicules automobiles à deux, trois ou quatre roues, immobilisés dans le cadre des contrôles. Une situation qui contraste fortement avec les directives officielles, lesquelles réservent ces opérations exclusivement aux agents assermentés de la douane et aux forces de sécurité. Pourtant, le cadre réglementaire et légal est clair sur le sujet.
Une note du ministre de l’Économie et des finances avait formellement interdit le recours aux civils dans les opérations de contrôle douanier. Mieux, en 2021, le procureur de la République près le tribunal de première instance de Porto-Novo avait également proscrit cette pratique, rappelant son caractère illégal et les risques qu’elle fait peser sur l’ordre public. Néanmoins, à Ekpê gare, et les intermédiaires défient l’autorité avec la complicité des agents de la douane en poste. Ils continuent d’exercer leur activité en toute illégalité et sans crainte de représailles.
Plus préoccupant encore, certains témoignages font état de scènes où ces intermédiaires improvisés se substituent totalement aux agents réguliers. Il arrive que des « klébés » pourchassent eux-mêmes des contrevenants à moto, prenant ainsi des initiatives dangereuses, tant pour les usagers de la route que pour leur propre sécurité. Ils sont responsables de nombreux cas d’accident et de violences. Un transporteur, rencontré sur les lieux, dénonce une pratique devenue banale mais lourde de conséquences.
« Ces civils continuent toujours d’opérer et sont parfois responsables de nombreux cas d’accidents et de violences. Quand un incident se passe, ils disparaissent du terrain et laissent les militaires et les agents de la douane assumer les responsabilités. Quand les autorités compétentes arrivent sur les lieux, on ne les voit plus. Et ce sont les militaires et les douaniers qui répondent », confie-t-il, visiblement amer. Pour contourner le dispositif de contrôle mis en place par la hiérarchie douanière afin de vérifier le respect de la mesure portant interdiction de l’emploi des civils, certains de ces derniers, avec l’approbation tacite voire explicite de douaniers en poste, ont déplacé leur centre d’opération.
Leur « quartier général » est désormais installé sur le trafic local, à proximité de la pharmacie Ekpè. C’est là qu’ils perçoivent divers montants auprès des contrebandiers, en fonction de la nature et de la quantité de marchandises transportées. Face à la persistance du klébétisme à Sèmè-Podji et ailleurs, de nombreuses voix s’élèvent pour appeler à une application rigoureuse des textes en vigueur. Sans sanctions exemplaires et un contrôle effectif sur le terrain, redoutent les observateurs, ces pratiques illégales continueront de prospérer, sapant les efforts de modernisation et de crédibilisation de l’administration douanière béninoise.
Alassane Touré