Après l’élection présidentielle de 2016 qui a enregistré une très forte participation des béninois, les cinq élections organisées sous le régime dit de la rupture ont très peu motivé les électeurs. Ceci, pour diverses raisons. D’un scrutin à l’autre, le taux de participation dégringole sans pour autant émouvoir les acteurs politiques notamment le régime qui est le principal responsable du désintéressement général des béninois à la chose politique et surtout à l’expression de ce devoir citoyen qu’est le vote.
Les béninois ne votent pratiquement plus pour choisir ceux qui décideront à leur place pour le développement du pays. On assiste depuis 2016 au refus déguisé des béninois d’accomplir leur devoir de citoyen en vue d’élire leurs représentants à l’Assemblée nationale, leurs conseillers et même leur chef de gouvernement.
En 2016, l’élection présidentielle a connu un taux de participation de 66,05% au premier tour et 64,69 au second. Cinq ans plus tard, ce taux a chuté à 50,63% selon les béninois gouvernementaux soit une différence négative de 15,4. Certaines sources avaient annoncé le même taux de participation à moins de 25% surtout au regard des événements qui ont caractérisé le processus électoral au Bénin en 2021. Cette régression du taux de participation a été encore plus faible lors des législatives de 2019 où seulement 27,12% des électeurs étaient avaient voté. Là encore, les chiffres n’auraient pas traduit la réalité du terrain où la participation serait plus faible. Ce qui est certain, entre 2016 et 2019, l’engouement des béninois à voter a diminué de 38,9. Aux communales de 2020, le taux de participation a été de 49,14%.
En 2023, les législatives ont enregistré 37,79% de participation. Selon les informations qui nous parviennent, cette participation serait encore plus faible aux communales et législatives du 11 janvier 2026 que vient de connaître le Bénin. Des chiffres qui parlent mais que les acteurs refusent d’entendre.
Les raisons juridico politiques et sociales du désintéressement
Depuis 2016, le cadre juridique de la participation aux élections est instable. Plusieurs réformes sont intervenues surtout à partir de 2018 et ont rendu très difficile la participation aux différentes élections pour les partis qui ne partagent pas la vision du régime en place. L’opposition a été exclue de plusieurs scrutins donnant la possibilité aux partis de la mouvance de jouer à chaque échéance des matchs amicaux au terme desquels les points et les bénéfices se partagent. Malgré les luttes et alertes de l’opposition et des organisations de la société civile, le cadre juridique ne cesse d’être corsé. Du coup, les électeurs béninois qui voudraient d’un changement dans la manière de gouverner le pays ont compris qu’aucune issue n’est envisageable pour ce changement en participant à des élections qui s’organisent en matchs amicaux entre partis de la mouvance. A quoi donc bon d’aller voter si la voix ne compte pas ?
En excluant l’opposition des élections en 2019, 2020, 2021 et 2026, par des mesures juridiques, le régime de la rupture a montré indirectement aux béninois qu’il n’a pas besoin forcement de leurs suffrages avant de leur choisir qui devra les diriger ou prendre des décisions en leurs noms et pour eux au sein de l’appareil d’État. A tout ceci s’ajoutent les très gros salaires politiques que la rupture offre à ceux-là que les béninois majoritairement pauvres sont appelés à élire. Pendant qu’ils se nourrissent difficilement et que le développement de leur localité semble ne pas préoccuper les élus, ces élus se la coulent douce avec des salaires totalement en déséquilibres avec la réalité sociale. Le paradis est doré pour les élus qui se soucient à peine de leurs mandants. Conseillers communaux, maires, députés et même président de la République perçoivent des salaires qui créent de la jalousie. Pourquoi aller voter pour des gens qui perçoivent de si gros salaires alors que de toute évidence, leurs actions n’impactent pas le développement et le bien-être social des votants ?
La cherté de la vie sévit depuis des années sans que ni l’exécutif, ni le législatif et encore moins les autorités locales ne songent à y apporter des mesures atténuantes. Dans d’autres pays, l’État subventionne les produits de première nécessité pour amortir les peines des ménages et accorde des avantages substantiels aux travailleurs pour améliorer leur pouvoir d’achat. Sous le régime de la rupture, aucune mesure n’est prise dans ce sens mais au contraire, les béninois sont soumis à des taxes qui chassent certains du pays. Depuis le 5 janvier 2026 par exemple, un nouveau péage est ouvert à Houègbo, sur le tronçon Cotonou-Bohicon, où les véhicules poids léger devront payer 1.000 fcfa à l’aller et 1.000 fcfa au retour ; ce qui affecte directement le coût de transport et par conséquent provoque l’augmentation des prix des produits de première nécessité qui coûtent déjà assez pour le béninois. Les meilleures conditions de vie et de travail promises à chaque échéance électorale aux électeurs sont comme des mirages auxquels la majorité des béninois ne croient plus. Autant donc rester chez soi, se vaquer aux occupations qui pourront apporter de quoi subvenir à ses besoins et aux besoins de la famille, plutôt que d’aller voter pour des gens qui touchent de gros salaires et qui ne rêvent pas au bien-être du contribuable. Après la révision de la constitution intervenue en Novembre 2025 et qui instaure le septennat, les béninois ont compris qu’ils ne sont pas au centre des intérêts de ceux qui les gouvernent et pour qui, ils ont en réalité voté.
Ces tristes réalités enlèvent aujourd’hui et de plus en plus la soif que les béninois avaient d’aller voter à chaque échéance pour élire leurs députés, leurs maires, leurs conseillers et leur président. Le mieux à faire alors pour le peuple béninois très pacifique, c’est de s’abstenir de voter.