(Le président du FONAC appelle à plus de transparence)
À l’occasion de la Journée internationale de la lutte contre la corruption, célébrée chaque 9 décembre, Jean-Baptiste Elias, président du Front des Organisations Nationales contre la Corruption (FONAC), tire une nouvelle fois la sonnette d’alarme. Il dénonce l’opacité persistante autour des rémunérations des hautes autorités, l’absence d’exemplarité au sommet de l’État et le recul de la morale publique. Dans un entretien avec Raoul Steve Gounoukon, il appelle à une action urgente pour freiner un fléau qui continue d’affaiblir les finances publiques et le développement du Bénin.
Le 9 décembre marque la Journée internationale de lutte contre la corruption, instaurée par l’ONU depuis 2003. Une date symbolique qui rappelle l’ampleur d’un fléau qui, selon Jean-Baptiste Elias, « gangrène tous les secteurs de la vie ». Le président du Front des organisations nationales contre la corruption ne mâche pas ses mots. « Il faut qu’on fasse quelque chose pour que la corruption diminue dans nos États et dans nos services » a-t-il martelé.
En effet, pour M. Elias, plusieurs signaux montrent que la situation reste préoccupante. Il évoque notamment l’opacité qui entoure encore les salaires des plus hautes personnalités de l’État. « On a les salaires des préfets, chefs de cabinet ou secrétaires généraux… Mais le président de la République, les ministres, les députés, on ne connaît pas leurs salaires. C’est un vrai problème », dénonce-t-il. Il rappelle que ces informations devraient être publiques, car c’est l’argent du contribuable. À titre de comparaison, il souligne qu’aux États-Unis ou en France, le salaire du chef de l’État est accessible en un clic.
À quelques semaines de la publication du nouvel indice de perception de la corruption de Transparency International, M. Elias prévient : « On verra la note du Bénin et son rang… mais il y a encore beaucoup d’efforts à faire ». Pour lui, les difficultés actuelles sont alimentées par deux causes principales. Il s’agit du comportement humain, marqué par un affaiblissement de la morale, et la non-exemplarité des responsables au sommet de l’État. « Quand les dirigeants ne sont pas vertueux, le mal se propage », insiste-t-il.
Les conséquences sont lourdes. On observe le détournement de ressources, la baisse des recettes publiques, l’affaiblissement de la capacité de l’État à financer les infrastructures ou les politiques d’emploi. « Ce qui devrait entrer dans les caisses finit dans des comptes privés », regrette le président du FONAC. Face à cela, il propose un remède clair : sensibilisation, éducation, transparence, redevabilité et exemplarité. « Nous devons avoir le courage de dire : je ne serai ni corrupteur ni corrompu », affirme-t-il avec conviction. Le FONAC, de son côté, poursuit investigations, actions de prévention et plaidoyer pour le respect des textes internationaux ratifiés par le Bénin, notamment ceux de la CEDEAO, de l’Union africaine et de l’ONU. Pour Elias, l’heure n’est plus aux discours mais à un sursaut national. « Il faut que les choses changent », conclut-il.
Gildas AHOGNI