La révision de la Constitution adoptée il y a quelques jours comporte une disposition majeure : «désormais, tout député, maire ou conseiller communal qui démissionne du parti sous lequel il a été élu perd automatiquement son mandat». De façon théorique, cet article vise à lutter contre la transhumance politique, mais pour beaucoup, cette décision est une manœuvre calculée d’une mouvance présidentielle qui a largement profité de cette même faille juridique avant de décider de la refermer.
A partir de la nouvelle mandature ou législature, tout conseiller communal, maire ou député qui démissionne du parti sous lequel il a été plébiscité perd automatiquement son mandat. C’est un nouvel article inclus dans la nouvelle constitution révisée et votée au petit matin du 15 novembre 2025 par les députés. En effet, ces derniers mois ont été marqués par une vague sans précédent de démissions orchestrées et de débauchages ciblés, touchant principalement les députés élus sous la bannière du parti d’opposition *Les Démocrates*.
Ces mouvements ont permis à la mouvance présidentielle de reconfigurer les équilibres au Parlement, créant les conditions favorables pour faire passer la révision constitutionnelle. Ils ont également contribué à affaiblir les capacités de mobilisation de l’opposition, compromettant ainsi sa participation à la récente élection présidentielle. Aujourd’hui, en verrouillant la possibilité de changer de camp en cours de mandat, le pouvoir semble vouloir mettre fin à un système dont il a pourtant tiré avantage. Difficile pour une partie de l’opinion de ne pas y voir une mesure à double visage : d’un côté, une réforme salutaire qui pourrait enfin moraliser la vie politique ; de l’autre, un verrou posé au moment opportun, après que les bénéfices politiques ont été pleinement récoltés. Si l’intention affichée est de freiner la transhumance politique, une inquiétude demeure. Dans un paysage politique où l’ingéniosité des acteurs à contourner les normes n’est plus à démontrer, aucune garantie n’existe et atteste que cette disposition ne sera pas à son tour vidée de sa substance par des stratagèmes subtils. Les prochaines années seront déterminantes pour mesurer la solidité réelle de ce nouveau garde-fou juridique.
Dans tous les cas, la lutte contre la transhumance politique ne peut se limiter à un article constitutionnel. Elle nécessite un engagement sincère de toutes les forces politiques, y compris celles qui ont longtemps tiré profit des incohérences de la loi. Sans cela, la nouvelle disposition risque de n’être qu’un outil de circonstance, utilisé pour verrouiller le jeu politique plutôt que pour renforcer véritablement la démocratie.
Alassane Touré