Dans un entretien accordé au journal « La Croix du Bénin », le Père Arnaud Éric Aguénounon, Ecrivain essayiste et philosophe politique s’est prononcé sur l’actualité politique du Bénin. Il a levé un coin de voile sur le nouveau mode de gouvernance au Bénin d’aujourd’hui. Il a par ailleurs « l’impression que le président Patrice Talon a lu plusieurs fois Nicolas Machiavel ». Pour le Père Aguénounon, « une vraie démocratie est celle-là qui se nourrit d’élections inclusives, ouvertes, légales et loyales ». « Ce que le Bénin n’a plus connu depuis 2016 », a –il lâché.
L’image qui m’est venue en tête ces derniers jours est celle d’un véhicule qui roule à vive allure sur nos routes et dont le chauffeur a perdu le contrôle du système de freinage. Ce véhicule mis en marche depuis 2016 a fait des chocs en 2019, en 2021 et jusqu’à aujourd’hui, il continue de faire des dégâts. J’utilise cette allégorie pour montrer, à suffisance, que les signaux n’ont pas changé. Toutes les voies et les institutions de contre-pouvoir sont systématiquement contrôlées. Cela semble s’établir durablement comme un nouveau mode de gouvernance. Le système politique actuel n’entend faire place ni à la contradiction, ni à la compétition, ni à la concurrence. Cette manière de récupérer la démocratie à son propre compte se remarque dans la sphère économique. Cela est opérationnalisé avec deux leviers : le contrôle de la loi en interprétant le plan machiavélique selon lequel la meilleure dictature est celle qui prospère à l’ombre de la législation massive. Le second élément, c’est l’exploitation de la faiblesse humaine. On sait que le politicien béninois est un « ventrocrate ». On se sert de ce trait de caractère pour des agendas personnels et familiers.
Les exécutants de ce système oublient souvent que le vrai opposant se trouve dans leur entourage. C’est celui-là qui, très proche du chef de l’État, n’arrive pas à jouir de sa liberté, à lui dire la vérité et n’a pas la possibilité d’apporter la contradiction. Bref, c’est ce membre de la mouvance présidentielle dont la voix n’est pas audible alors qu’il appartient au cercle fermé du président de la République. L’exemple de la France saute à nos yeux avec les déclarations publiques de l’ancien Premier ministre Édouard Philippe et plus récemment du ministre de l’Intérieur, Bruno Retailleau, qui a affirmé que le président Emmanuel Macron a une intelligence surhumaine mais qu’il ne sait pas s’il a de la conviction. Et donc, la plupart de ceux qui appartiennent à la mouvance présidentielle au Bénin incarnent l’opposition la plus redoutable. Et comme leur patron est au fait de cette réalité, il est aux aguets. La preuve est le choix de Romuald Wadagni comme le candidat à sa propre succession. Par contre, les autres opposants sont à l’affût d’une oasis. Dès qu’ils sont intéressés, le masque tombe tout de suite parce qu’il est difficile de vivre dans un désert aride. Il faut être un génie pour utiliser ces leviers juridiques et humains. Et j’ai l’impression que le président Patrice Talon a lu plusieurs fois Nicolas Machiavel.
Une vraie démocratie est celle-là qui se nourrit d’élections inclusives, ouvertes, légales et loyales. Ce que le Bénin n’a plus connu depuis 2016. Dans un tel contexte de capture de la démocratie, il fallait simplement procéder à la nomination du président de la République. La situation perdure parce qu’on est en présence d’un peuple pacifique, résigné, spectateur.
Source : La Croix du Bénin