L’ancien président de la Cour constitutionnelle et bâtonnier, Robert Dossou, appelle à un sursaut national pour protéger la liberté d’expression et revisiter le fonctionnement des juridictions d’exception au Bénin. C’était dans une prise de parole forte, diffusée le 23 novembre.
Le bâtonnier Robert Dossou a livré un plaidoyer appuyé en faveur de la liberté d’expression, qu’il considère comme la condition première d’une société vivante et d’un État de droit solide. « Pour toute la nation béninoise, il faut s’exprimer. Que plus personne n’ait à souffrir pour avoir parlé dans ce pays. Ça, je le dirai jusqu’à ma mort », martèle-t-il, rappelant que la parole n’est pas seulement un droit, mais une respiration fondamentale : « Les gens qui sont contraints ou qui ne peuvent pas bien s’exprimer, ils meurent, ils s’en vont ».
Mais au-delà de ce plaidoyer, l’ancien président de la Cour constitutionnelle formule une exigence précise. Il s’agit de l’ouverture d’un séminaire national sur ce qu’il appelle « les justices d’exception ». Il cite notamment la CRIET et le tribunal de commerce, deux juridictions qui, selon lui, méritent un bilan transparent. « Pourquoi on ne fait pas un séminaire sur les justices d’exception ? Faisons le point. La CRIET, le tribunal de commerce… on doit pouvoir faire le point aussi. Il n’y a aucune loi qui nous interdit ça », a-t-il suggéré.
Par ailleurs, le bâtonnier Robert Dossou annonce même vouloir transmettre une proposition de loi à un député, afin que cette réflexion soit portée devant l’Assemblée nationale. Sa démarche s’inscrit dans une volonté de renforcer les garanties judiciaires et d’éviter des mécanismes qui pourraient fragiliser les libertés publiques. Face à un interlocuteur présenté comme philosophe, il se montre ferme : « Vous avez laissé votre manteau de juriste pour vous habiller en philosophe. Et ce que vous avez dit, je ne vais pas être d’accord complètement. Et ça, ça ne nous arrange pas pour la construction de l’État de droit ».
Par ces mots, Robert Dossou rappelle que l’État de droit repose sur la critique, la transparence et le courage de questionner les institutions, y compris celles qui incarnent la justice. Pour lui, protéger la parole, réexaminer les tribunaux d’exception et ouvrir un débat national ne sont plus des options : ce sont des urgences démocratiques.
Gildas AHOGNI