La dernière sortie médiatique du président Patrice Talon avait tout d’un monologue soigneusement préparé pour rappeler les guéguerres entre Boni Yayi et lui à sa convenance. Face aux caméras, le locataire de la Marina s’est livré à un exercice qui ressemblait plus à une plaidoirie politique qu’à une adresse à la Nation. L’objectif était clair, charger son prédécesseur, Boni Yayi, et lui faire porter la lourde responsabilité des violences post-électorales qui ont endeuillé le pays en 2019, mais à vouloir trop en faire, Talon a fini par se plonger.
« En voulant pointer un doigt accusateur vers autrui, trois autres se tournent vers soi ». Le président Patrice Talon a semblé oublier ce dicton populaire local en préparant sa dernière sortie médiatique au cours de laquelle il a mis sur la place publique les différends entre son prédécesseur Boni Yayi et lui depuis des années. Des rivalités qui ont même conduit aux violences post-électorales de 2019 desquelles Patrice Talon de se dédouaner aujourd’hui en indiquant que c’est le leader de l’opposition qui a suscité l’insurrection politique. Oui, Boni Yayi n’est pas exempt de critiques. Oui, son régime a connu des zones d’ombre et des tensions politiques. Sa gestion clanique de l’opposition manque de stratégies, mais si Patrice Talon veut aujourd’hui le désigner comme le seul instigateur des drames qui ont secoué le Bénin, alors il se trompe lourdement ou feint d’oublier son propre rôle dans cette tragédie nationale. En 2019, ce n’est pas Yayi Boni qui détenait les rênes du pouvoir, ce n’est pas lui qui commandait l’armée ni contrôlait les forces de sécurité. De même, ce n’est pas lui non plus qui a ordonné la répression sanglante des manifestants à Cotonou, à Tchaourou ou à Savè. Les images des militaires tirant à balles réelles sur des citoyens désarmés restent gravées dans la mémoire collective. Le chef de l’Etat est le seul à prêter serment pour préserver la paix et l’unité nationale. Dans son serment, il a promis de veiller sur la sécurité des populations.
Mieux, la Constitution qui est la loi fondamentale le contraint à être le garant de l’ordre public et de la sécurité des populations. Quand la paix sociale est menacée, il lui revient de désamorcer la crise, d’écouter, de dialoguer, de prévenir plutôt que de réprimer. Et en cela, Talon a failli. Chercher aujourd’hui à se défausser sur Boni Yayi n’est rien d’autre qu’une fuite en avant. In fine, c’est tenter de détourner l’attention sur son bilan sécuritaire et démocratique entaché par la violation des principes de démocratie, le recul de la liberté d’expression, la méfiance et le repli. Sous Yayi, il y a eu les contradictions politiques les plus tendues mais jamais elles n’ont conduit à des heurts et des tueries. Patrice Talon aurait pu choisir la voie de la grandeur, reconnaître, apaiser, rassembler. Néanmoins, il a préféré celle de l’accusation, de la justification et de la victimisation politique. Le peuple béninois n’est pas dupe. Il sait lire entre les lignes et distinguer la sincérité de la manipulation. En cherchant donc à plonger Yayi, Talon s’enfonce lui-même dans les contradictions de son propre passé.
Alassane Touré