L’ancien ambassadeur du Burkina Faso près de la Russie, Melégué Traoré, a livré dans une interview relayée par Burkina Info Tv une analyse sur la nature des relations entre Ouagadougou et Moscou. Selon lui, le Burkina commettrait une erreur stratégique en faisant le choix exclusif de la Russie.
Applaudie par une frange de l’opinion africaine, la Russie n’est pourtant pas la super-puissance salvatrice que croient certains. C’est du moins ce que pense Mélégué Traoré. Dans une dernière interview accordée à Burkina Info Tv, cet ancient ambassadeur du Burkina en Russie et ancient Président de l’Assemblée Nationale ne va pas du dos de la cuillère pour nuancer la générosité russe tant applaudie. « La Russie a été ici, elle nous a apportés quoi ? Moi j’ai été ambassadeur en Russie. Tous ceux qui parlent ne connaissent rien de la Russie. Les russes sont bons dans certains domaines et moins bons dans d’autres. En tout cas pour l’aide économique, il ne faut rien attendre d’eux. Ce n’est pas la Russie qui peut résoudre le problème », explique le diplomate.
Selon lui, la Russie n’est pas forcément recommandée pour tout. « Quand vous discutez avec les responsables russes, ils vous disent qu’ils vont vous équiper, ils peuvent faire plein de choses mais dès que vous abordez la question de l’aide économique, ils vous disent d’aller voir les occidentaux. C’est eux mêmes qui le disent », ajoute-t-il.
Il considère la situation actuelle comme une ambiance qu’il faut savoir gérer. « C’est ça que j’appelle la gestion de l’ambiance : les populations, les jeunes, nous tous on aime gérer l’ambiance mais on ne peut pas décider comme ça que le Burkina doit rompre avec la France ou aller avec la Russie. Les gens parlent des choses qu’ils ne connaissent pas. Qui parmi eux a mis les pieds en Russie ? Moi j’ai été en Russie », clarifie l’ancien président de l’Assemblée nationale du Burkina. Ce dernier va conseiller une prudence diplomatique stratégique. « La diplomatie se gère avec calme et modération. Lorsque vous quittez la modération, vous êtes perdants ».
Une coopération dominée par le militaire
Les faits confirment ses propos. Entre 2020 et 2024, la Russie a représenté près de 21 % des importations d’armes majeures de l’Afrique, selon le Stockholm International Peace Research Institute (SIPRI), loin devant les puissances occidentales. En juin 2024, Moscou a annoncé de nouvelles livraisons d’équipements et l’envoi d’instructeurs au Burkina Faso pour soutenir la lutte contre le terrorisme, rapporte Reuters.
Sur le plan économique, la Russie demeure un acteur secondaire. Son aide publique au développement en Afrique subsaharienne ne dépasse pas 1 % du total mondial, selon le FOI Memo 8090. Ses investissements directs en Afrique restent également faibles, inférieurs à 1 % du volume continental, selon le Centre for Eastern Studies (OSW).
Melégué Traoré a par ailleurs dénoncé la manipulation de l’information qu’il qualifie de « l’ambiance de la jeunesse » dont serait victime la jeunesse burkinabè. Plusieurs rapports, dont ceux du European Council on Foreign Relations, confirment la présence d’agents russes et de réseaux médiatiques visant à orienter l’opinion publique au Sahel.
En conclusion, le diplomate rappelle que « la diplomatie se gère avec calme et modération ». « Dès que vous quittez la modération en diplomatie vous êtes perdant », a-t-il ajouté.
Ezéchiel Dagbégnon PADONOU