(Quid de l’application de la décision rectorale de Novembre 2023 ?)
Le rectorat de l’Université d’Abomey-Calavi (UAC) interdisait formellement, en novembre 2023, le stationnement des minibus « Tokpa-Tokpa » et des taxis-motos le long de la clôture du campus, afin de désengorger la voie principale et d’assurer la sécurité des usagers. Moins d’un an plus tard, cette mesure semble reléguée aux oubliettes. Les véhicules ont repris leur place habituelle, au mépris de la décision rectorale. Entre inefficacité du suivi et absence d’autorité, le désordre reprend ses droits.
En novembre 2023, le recteur Félicien Avlessi signait une décision attendue. Cette décision était de mettre fin au chaos devant l’entrée principale et secondaire du campus d’Abomey-Calavi. Entre minibus surchargés, taxis-motos racolant à la criée, étudiants traversant entre les véhicules et circulation étouffée, le décor était devenu invivable.
En effet, le rectorat, dans un élan d’ordre et de discipline, avait donc interdit le stationnement de ces moyens de transport le long de la clôture du campus. L’objectif était de rendre fluide la circulation, de sécuriser les abords de l’université et de redonner un visage digne à la plus grande institution académique du pays. Et pendant quelques semaines, la mesure a semblé produire ses effets. Les Tokpa-Tokpa se faisaient rares aux abords du campus, et les taxis-motos maintenaient une distance prudente. Mais très vite, la routine a repris. Les véhicules sont revenus, plus nombreux encore, occupant trottoirs et bords de chaussée. La voie, à nouveau saturée, témoigne d’un retour à la case départ.
Des décisions sans suivi : un mal chronique
Ce constat relance un vieux débat : à quoi servent les décisions administratives si elles ne sont pas suivies d’effet ? Le rectorat de l’UAC, comme bien d’autres institutions publiques, semble souffrir d’un manque de suivi. Une fois les communiqués publiés, plus personne ne semble s’en soucier. Les agents de sécurité n’assurent plus le contrôle, les transporteurs reprennent leurs habitudes, et la population s’adapte au désordre comme à une fatalité.
Faut-il rappeler que cette légèreté dans l’application des décisions fragilise l’autorité rectorale ? Le campus, censé être un espace d’exemplarité et de civisme, donne alors l’image d’un lieu où l’on édicte des interdits sans conséquence. Pourtant, les dangers sont bien réels. On observe de part et d’autre les embouteillages permanents, les risques d’accidents, les bruit incessant et surtout la pollution. Le long de la clôture, les piétons, souvent des étudiants, se faufilent entre les véhicules, au péril de leur sécurité. À certaines heures, il est quasiment impossible de circuler sans risque de collision.
Le nouveau rectorat face à un test d’autorité
La situation actuelle interpelle le nouveau recteur de l’UAC, qui hérite d’un dossier à la fois simple et symbolique. Réaffirmer l’autorité de l’institution passe aussi par la capacité à faire respecter ses décisions. Une reprise en main s’impose. De ce fait, il peut y avoir l’installation de panneaux d’interdiction visibles, la présence régulière des agents de sécurité, la concertation avec les transporteurs et les autorités locales pour réorganiser les points de chargement et de dépose.
Le campus d’Abomey-Calavi n’est pas un marché ni une gare routière ; c’est un lieu d’étude, de recherche et de savoir. Le désordre actuel porte atteinte non seulement à l’image de l’université, mais aussi à la sécurité de sa communauté. Le nouveau recteur aurait tout intérêt à se saisir du problème pour restaurer la discipline, redonner du crédit à la parole rectorale et offrir un environnement digne des ambitions académiques du Bénin. Il faut savoir que la crédibilité d’une institution ne se mesure pas seulement à la qualité de ses enseignements, mais aussi à sa capacité à faire respecter les règles qu’elle édicte. Il est temps que la rigueur, valeur universitaire par excellence, s’applique aussi à sa gouvernance quotidienne.
Gildas AHOGNI