À Rabat, Casablanca ou à Tanger, le collectif Gen Z 212 a repris la direction des routes après une brève pause de neuf jours, réclamant la libération des sympathisants incarcérés par l’État au cours des récentes manifestations. Une mobilisation qui fait écho aux mouvements du « 20 février 2011 », symbole du réveil citoyen au Maroc.
Samedi 18 octobre, les abords du Parlement marocain ont de nouveau été envahis par une foule jeune, déterminée et connectée. Le mouvement Gen Z 212, né sur les réseaux sociaux, a réinvesti la rue pour rappeler au gouvernement ses promesses de réformes sociales. Ses revendications principales étaient une éducation plus équitable, un système de santé renforcé et une lutte sérieuse contre la corruption et la vie chère.
« Même après la pause, nous continuerons jusqu’à ce que nos demandes soient satisfaites, pas seulement en paroles », a déclaré Reda, membre du collectif, cité par Reuters. Selon les chiffres de l’Association marocaine des droits de l’Homme (AMDH), cités par RFI, au moins 597 sympathisants du mouvement se trouvent actuellement en prison. Aussi 17 personnes ont été récemment condamnées pour des violences en marge des manifestations.
Un discours royal jugé trop flou
Ces rassemblements interviennent dix jours après l’adresse du roi Mohammed VI à l’ouverture de la session parlementaire. Le souverain y avait évoqué des projets pour l’emploi des jeunes et l’amélioration des services publics, sans toutefois nommer Gen Z 212. Un silence perçu par les manifestants comme une forme d’ignorance politique. « C’est trop tôt pour dire si ce mouvement portera ses fruits, mais la jeunesse reste vigilante et pleine d’espoir », confie Naji, un autre protestataire, à Al Jazeera.
L’héritage du 20 février 2011
Le retour de la contestation réveille des souvenirs : ceux du mouvement du 20 février 2011, né dans le sillage du Printemps arabe. Cette mobilisation citoyenne sans précédent avait réuni des milliers de Marocains dans plusieurs villes pour exiger plus de démocratie, la fin de la corruption et une meilleure répartition des richesses. Sous la pression, le roi Mohammed VI avait alors annoncé une réforme constitutionnelle renforçant les prérogatives du Premier ministre et du Parlement. Près de quinze ans plus tard, la Génération Z semble vouloir reprendre le flambeau.
Il faut aussi noter que des mobilisations similaires observées ces dernières années au Népal ou en Amérique latine ou au Madagascar semble montrer que la jeunesse a réussi à peser sur les politiques nationales. En prônant des réformes sociales plutôt que politiques, Gen Z 212 évite la confrontation directe tout en s’imposant comme un acteur inédit du débat public marocain. Son mot d’ordre est de faire entendre la voix d’une jeunesse qui refuse d’être oubliée.
Ezéchiel Dagbégnon PADONOU