Dans la nuit du mercredi au jeudi, le président Andry Rajoelina a publiquement confirmé qu’il avait quitté le pays. Mardi, la CAPSAT a promu son commandant, le colonel Randrianirina, pour mener la transition à partir de ce vendredi ce qui plonge le pays vers nouveau avenir politique encore incertain.
Madagascar s’apprête à changer de visage. Ce jeudi, Andry Rajoelina a annoncé qu’il quittait le territoire national pour « permettre une transition apaisée », officialisant ainsi ce que RFI avait rapporté. D’un autre côté, plusieurs sources diplomatiques et militaires confièrent à Reuters qu’il aurait embarqué dimanche depuis l’aéroport de Sainte-Marie.
Cette fuite survient après trois semaines de protestations déclenchées le 25 septembre par des pannes d’eau et d’électricité. La contestation, initialement portée par le mouvement “Gen Z Madagascar”, a rapidement dégénéré en une rejet global du régime, mêlant critiques de corruption, de la cherté de la vie et de la marginalisation politique.
Lorsque la CAPSAT, unité militaire d’élite (qui avait aidé Rajoelina à accéder au pouvoir en 2009), a cessé d’obéir aux ordres et s’est jointe aux manifestants, le basculement est devenu inéluctable. Le 14 octobre, l’Assemblée nationale a voté l’impeachment de Rajoelina, alors que celui-ci tentait de dissoudre le Parlement par décret — une manœuvre qualifiée d’illégale par l’opposition.
Randrianirina : de l’ombre à la lumière
Le colonel Michael Randrianirina, 51 ans, doit être intronisé officiellement vendredi comme président intérimaire — officiellement « Président de la Refondation de la République » — selon un communiqué rendu public par la CAPSAT. Le cérémonial sera présidé par la Haute Cour constitutionnelle. Il a déjà annoncé la dissolution de la plupart des institutions (Sénat, commission électorale, justice constitutionnelle), à l’exception de l’Assemblée nationale.
Randrianirina assure que cette transition ne constitue pas un coup d’État mais une obligation : « le pays était au bord de l’effondrement », a-t-il déclaré. Il annonce que la période transitoire pourrait s’étendre sur 18 à 24 mois, le temps de préparer des élections « inclusives, crédibles et pacifiques ».
Dans une première interview publique accordée à l’Associated Press, il a affirmé que l’armée n’était pas l’ennemie du peuple, mais un instrument de « restauration de l’État ».
Pression internationale, attentes internes
La communauté ouest-africaine ne s’est pas faite attendre. L’Union africaine a suspendu Madagascar, exigeant le rétablissement d’un pouvoir civil. Plusieurs diplomaties appellent à un retour rapide à la légalité constitutionnelle et à la programmation d’élections.
Dans les rues d’Antananarivo, la population est partagée. Des manifestants saluent la fin d’un cycle de vide politique, espérant que cette transition ouvre la voie à un redressement. Toutefois, beaucoup s’inquiètent que le pouvoir reste en main militaire trop longtemps. L’intronisation de Randrianirina constituera un tournant dans l’histoire contemporaine de Madagascar. C’est le début d’une page que certains qualifient d’espoir, d’autres de défi..
Ezéchiel Dagbégnon PADONOU