On a longtemps péroré sur ce concept. De tout le temps, il a été affublé de tous les superlatifs. Jeunesse fer de lance du développement, jeunesse avenir de l’humanité, jeunesse pierre angulaire de toutes les réformes, jeunesse l’espoir de demain, puis …jeunesse au pouvoir.
A chaque fois qu’un quidam rêve de prendre le pouvoir, il revendique sa jeunesse, fait des jeunes la raison de sa prise de pouvoir et de leurs préoccupations sa priorité. Il trouve les bons mots pour doper le moral des jeunes, utilise à fond leurs fougues et leurs forces pour se retrouver au pouvoir. Mais au sommet, il modère son discours, appelle les jeunes à se montrer plus sages, ne fait plus de leurs préoccupations une urgence mais une politique sectorielle comme toutes les autres. Et puis, il ne manque pas d’arguments pour justifier parfois que les jeunes sont trop pressés. Qu’ils s’agitent trop et qu’ils ne sont pas les seuls dans le pays. L’usure du temps entraîne la distance avec cette jeunesse. Le leader politique d’hier qui revendique sa jeunesse et sa proximité avec elle en devient distant puis opposant. Venu au pouvoir comme un révolutionnaire, comme putschiste ou même aux termes d’un processus électoral, il finit par s’accrocher au pouvoir et y vieillit. La jeunesse n’a été donc qu’une fière chandelle dont il s’est servi pour se hisser au sommet. Et la jeunesse qui veut tout changer, il finit par s’y accrocher et tombe dans la routine et la corruption. C’est la première escroquerie politique autour du mot « jeunesse » utilisé comme un piédestal pour arriver au pouvoir.
La deuxième tient du fait que l’aventurier politique qui aspire au pouvoir surfe sur l’amnésie collective pour distiller dans l’opinion que les jeunes ont toujours été évincés de la conquête et de la gestion du pouvoir et que c’est maintenant leur tour. L’ignorance aidant les jeunes y croient bêtement et mènent le combat. Au Bénin, la non accession des jeunes au pouvoir relève d’une pure imagination.
Depuis 1960, c’est toujours les jeunes qui ont dirigé au Bénin. De 1960 à 1990, soit en trente ans, la plupart des dirigeants avant entre quarante et cinquante ans. Hubert Maga avait pris le pouvoir à 44 ans et Mathieu Kérékou à 39 ans et Emile Derlin Zinsou à 50 ans. Et ceux qui l’ont pris tardivement c’est au tour de la cinquantaine. C’est les cas de Justin Tomètin Ahomadégbé à 55 ans, Nicéphore Soglo à 57 ans et Patrice Talon à 58 ans. Il bat d’ailleurs le record du plus vieux Président au pouvoir au Bénin et est suivi par Patrice Talon. De 1960 à 1990, la majorité des ministres étaient trentenaires, quadragénaires ou quinquagénaires. Le record de précocité au poste de ministres a été battu sous le gouvernement des Jeunes Cadres avec un ministre de 26 ans. Ce rappel de l’histoire prouve à suffisance que les jeunes ont toujours dirigé le pouvoir politique. Même si la plupart des présidents élus pendant l’ère démocratique sont tous quinquagénaires, ils étaient tous forts, tous vifs et vigoureux et n’étaient pas cacochymes.
J’entends aujourd’hui dire « Notre force c’est la jeunesse », ou « Mon engagement est de bâtir avec la jeunesse ». Puis je vois des milliers d’adolescents et de jeunes, à l’image de leurs grands frères d’hier, croire au farceur du jour. Comme s’ils sont atteints du syndrome de Stockholm, ils endossent les livrées de la fameuse continuité pour applaudir leur bourreau. D’autres encore, dressés par promesses tel le chien de Pavlov font cortège aux « grands du moment » à la manière des bouffons qui escortaient les chars des généraux romains le jour de leurs triomphes.
Les motivations du moment, la satisfaction des besoins existentiels urgents, les passions de jeunesse et l’addiction aux réseaux sociaux ont sclérosé l’intelligence de bon nombre de ces jeunes. Ignorant tout de l’ histoire politique de leur pays, ils ont aussi vite fait d’oublier la taxation de leurs mégaoctets, le chômage chronique provoqué par les fermetures de plusieurs sociétés mais aussi la clochardisation de l’emploi et les emprisonnements massifs pour délit d’opinion et cybercriminalité.
C’est ainsi qu’à l’ancienne corde de l’escroquerie politique autour de la jeunesse, se tissent la nouvelle. Et ce cycle risque de durer pendant longtemps encore.