L’ouverture du premier pont routier reliant directement la Russie à la Corée du Nord suscite des inquiétudes au-delà de la péninsule coréenne. Si Moscou et Pyongyang présentent l’ouvrage comme un outil de développement du commerce et des échanges, plusieurs pays redoutent qu’il facilite également leur coopération militaire et le contournement des sanctions internationales.
Inauguré le 7 septembre sur le fleuve Tumen, le pont de près d’un kilomètre relie la ville russe de Khasan à Tumangang , en Corée du Nord. Le passage qui relie l’extrême sud-est russe au nord de la Corée, doit permettre le transport de marchandises et, à terme, de passagers, avec une capacité annoncée d’environ 300 véhicules par jour. Moscou et Pyongyang le présentent comme un symbole de leur rapprochement et un moyen de développer les échanges économiques, scientifiques et culturels.
L’Ukraine et plusieurs observateurs internationaux portent toutefois un regard beaucoup plus préoccupé sur cette nouvelle infrastructure. La crainte principale concerne son éventuelle utilisation pour faciliter le transport de matériels militaires, de personnel ou de marchandises destinés à soutenir l’effort de guerre russe en Ukraine. Certains experts estiment également que cette nouvelle voie terrestre pourrait compliquer la surveillance des échanges entre les deux pays et favoriser le contournement des sanctions.
Cette inquiétude intervient alors que la Corée du Nord est accusée d’avoir fourni des munitions et des troupes à la Russie. Début septembre, la Corée du Sud et le Japon ont d’ailleurs dénoncé à l’ONU l’approfondissement de la coopération militaire entre Moscou et Pyongyang, appelant la Russie à mettre fin à cette collaboration.
Pour ses promoteurs, le pont reste néanmoins une infrastructure commerciale. Pour ses détracteurs, il constitue surtout un passage du rapprochement stratégique entre deux États de plus en plus isolés sur la scène internationale.
Ezéchiel Dagbégnon PADONOU