Longtemps considérée comme une puissance minière déclinante, la France cherche désormais à mieux connaître et exploiter son sous-sol. Face à la dépendance aux importations de métaux indispensables à l’industrie, au numérique et à la transition énergétique, le pays relance l’exploration de ses ressources minérales
Le mouvement s’est concrétisé en février 2025 avec le lancement par le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) d’un nouvel inventaire des ressources minérales françaises. Doté de 53 millions d’euros sur cinq ans dans le cadre de France 2030, le programme couvre cinq zones : l’ouest du Massif central, Morvan-Brévenne, les Vosges, l’Occitanie-Cévennes-Cerdagne et le nord de la Guyane. Il doit notamment rechercher le potentiel d’une cinquantaine de substances dont le lithium, le nickel, le graphite, le cobalt ou encore le tungstène.
Le lithium, fer de lance du renouveau
Le projet le plus avancé est celui d’Imerys à Échassières, dans l’Allier. Le projet EMILI prévoit une mine souterraine sous le site de Beauvoir, une usine de concentration et une unité de conversion à Saint-Victor, près de Montluçon. L’objectif est de produire environ 34 000 tonnes d’hydroxyde de lithium par an à partir de 2028, soit l’équivalent des besoins d’environ 700 000 véhicules électriques. Le projet pourrait fonctionner pendant au moins 25 ans et créer plus de 1 000 emplois directs et indirects.
L’Alsace constitue un autre pôle important. Le projet Ageli, porté par Eramet et Électricité de Strasbourg, ambitionne d’extraire du lithium des saumures géothermales situées à plusieurs kilomètres de profondeur. L’objectif affiché est une production d’au moins 15 000 tonnes de carbonate de lithium par an à l’horizon 2031. Reconnu comme projet stratégique par l’Union européenne en 2025, Ageli est encore au stade des études et pourrait faire l’objet d’une décision finale d’investissement avant 2030.
Du lithium à l’or et aux métaux critiques
Le renouveau ne se limite toutefois pas au lithium. En Guyane, le BRGM actualise également les connaissances sur un territoire présentant un potentiel en or, cuivre, zinc, lithium, niobium et tantale. Des demandes de permis et d’autorisations d’exploitation aurifère sont parallèlement instruites, notamment dans les secteurs de Régina et de Saint-Laurent-du-Maroni.
La France s’intéresse aussi à l’hydrogène naturel. Deux nouveaux permis exclusifs de recherche ont été accordés en 2025 dans les Landes et les Pyrénées, venant s’ajouter à un permis attribué en 2023.
Une relance encadrée par de nouvelles règles
Ce renouveau minier ne signifie pas que chaque découverte conduira automatiquement à l’ouverture d’une mine. La réforme du Code minier impose désormais une meilleure prise en compte des dimensions environnementales, économiques et sociales, ainsi qu’une participation accrue du public et des collectivités. Un permis exclusif de recherche autorise d’abord la prospection : il ne donne pas, à lui seul, le droit d’exploiter un gisement.
Pour Paris, l’enjeu est donc double : retrouver une partie des ressources nécessaires à son autonomie industrielle tout en limitant l’impact écologique des futures exploitations. Le véritable défi du renouveau minier français sera désormais de transformer le potentiel géologique identifié en projets industriels acceptables par les territoires.
Ainsi, la France ne découvre pas soudainement son potentiel minier. Elle réévalue un sous-sol longtemps moins exploré, avec des technologies capables de détecter des ressources profondes qui avaient échappé aux anciens inventaires réalisés entre 1970 et 1995
Ezéchiel Dagbégnon PADONOU