Depuis le 1er septembre 2026, l’or artisanal et issu de la petite exploitation minière ne peut plus être exporté sous forme de doré non raffiné. Cette nouvelle mesure s’inscrit dans un mouvement plus large de transformation locale des minerais en Afrique.
Accra franchit une nouvelle étape dans sa volonté de conserver davantage de valeur ajoutée issue de ses ressources minières. La nouvelle directive du Ghana Gold Board (GoldBod) impose aux agrégateurs autorisés de faire raffiner au Ghana tout l’or doré acheté avant son exportation. Les opérations doivent être réalisées dans une raffinerie approuvée ou désignée par GoldBod. Les contrevenants s’exposent notamment à la suspension ou au retrait de leur licence.
La décision intervient après une année exceptionnelle pour le secteur artisanal. En 2025, GoldBod a acheté, agrégé et exporté 104 tonnes d’or provenant de l’exploitation artisanale et à petite échelle, pour plus de 10 milliards de dollars. Cette production a dépassé celle des grandes exploitations minières, qui avaient exporté 96,6 tonnes.
Pour Accra, l’enjeu est donc considérable : il ne s’agit plus seulement de contrôler l’achat et l’exportation de l’or, mais de conserver au Ghana une partie de la valeur créée entre l’extraction et la vente internationale. GoldBod affirme également vouloir réduire la contrebande et améliorer la traçabilité de la production. Le Ghana aurait perdu environ 11,4 milliards de dollars à cause de la contrebande d’or entre 2019 et 2023, selon une enquête citée par Reuters.
Un mouvement qui gagne le continent
Le Ghana n’est pas isolé dans cette stratégie. En République démocratique du Congo, Kinshasa a suspendu en février 2025 les exportations de cobalt afin de reprendre le contrôle du marché et d’élaborer notamment des mesures favorisant la transformation locale. Le pays a ensuite instauré un système de quotas d’exportation.
Au Zimbabwe, le gouvernement est allé encore plus loin. En février 2026, il a interdit l’exportation des minerais bruts ainsi que des concentrés de lithium, y compris ceux déjà en transit, afin d’encourager leur transformation dans le pays.
Ces politiques traduisent une même ambition : ne plus se contenter d’extraire et d’expédier les ressources africaines, mais développer sur place le raffinage, la transformation, les emplois et les recettes fiscales. Le défi reste toutefois économique.
Selon les spécialistes, le raffinage local n’est réellement rentable que si les infrastructures sont compétitives et si les produits transformés répondent aux standards internationaux. Au Ghana, l’absence actuelle de certification London Bullion Market Association ( LBMA) pour les raffineries locales constitue encore un obstacle à l’accès aux grands marchés internationaux. L’enjeu pour Accra sera donc de transformer cette nouvelle interdiction en véritable politique industrielle, plutôt qu’en simple obligation administrative.
Ezéchiel Dagbégnon PADONOU